‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 227 sur 292 · LIV. VIL — SON ZÈLE · texte numérisé non relu

LIV. VIL — SON ZÈLE

« disait-îl, les confesseurs doivent être comme les vendan- « geurs et les moissonneurs, qui ne sont jamais plus con- « tents que quand ils ont plus de travail. Quel bonheur et « quel honneur tout à la fois, ajoutait-il, que Dieu daigne se <c servir de noire ministère, pour retirer du péché tant de « pauvres âmes et les ramener à la vie de la grâce ! Nous « devons être au milieu de nos travaux comme la mère qui <c éprouve les douleurs de l'enfantement, et que la joie <c d'avoir mis un enfant au monde console de toutes ses souf- « frances. »

Quand il voyait que les pénitents avaient peine à se confesser, par crainte, par honte, ou ignorance, il les aidait doucement à s'expliquer, et tâchait par tous les moyens d'ouvrir leur cœurs à la confiance : a Ne suis-je pas votre père? « leur disait-il; pourquoi craindriez-vous? Dieu n'attend que « votre aveu pour vous pardonner. Je tiens la place de Dieu; « pourquoi auriez-vous honte de moi qui, à cela près, suis un « pécheur? Ëussiez-vous fait tous les maux du monde, je ne « m'en fâcherais pas; les défauts des pénitents ne diminuent i< en rien mon affection ^ » Puis il leur donnait tout le loisir qu'ils désiraient pour bien s'expliquer, sans les presser comme un homme qui aurait hâte d'en finir. S'il les voyait encore hésitants et peu hardis à toutluidire, il les encourageait par de bonnes et douces paroles. S'il les voyait peu contrits et mal disposés, il en ressentait une douleur si vive, qu'il pleurait le premier les fautes qu'on lui accusait, et forçait par là le pénitent à les pleurer lui-même. Un jour, un pécheur se présenta à son tribunal en racontant ses désordres avec un ton et un langage qui annonçaient l'absence non seulement de tout repentir, mais encore de toute pudeur et de toute décence ^. Le saint confesseur, à ce récit, éclate en soupirs et en sanglots: « Qu'avez-vous donc? demanda le pénitent; vous

î Le P. la Rivière, p. 386.

s Esprit de saint François de Saleté, X* part., sect. x.

« trouvez-vous mal? — Non, je me porte bien, grâce à Dieu, « mais c'est vous qui vous portez mal. — Moi! je me porte à u merveille. — Eh bien alors, continuez, » dit le saint éirâqae. Le coupable alors de poursuivre sur le même ton sa déplorable histoire, et le saint confesseur de pleurer avec plus d'abondance. « Mais enfin, demande le pénitent, pourquoi donc pleu- « rez-vous? — Je pleure, dit François, de ce que vous ne « pleurez pas. » A ce mot, tout honteux de lui-même et tout changé : « Oh! misérable que je suis! s*écrie le coupable, les « autres confesseurs font pleurer quelquefois leurs pénitents, « et moi, je fais pleurer mon confesseur! Mes péchés arra- « chent des larmes à l'innocent, et moi je ne les pleure pas ! » Cette considération Taffecte à tel point, qu'il est près de s'évanouir. François alors le console, l'encourage, trouve en lui des dispositions si parfaites, qu'il croit pouvoir l'absoudre ; et. depuis ce moment jusqu'à la mort, cet homme fut un modèle de ferveur dans le service de Dieu. Rien n'était touchant comme les effusions de cœur du saint prélat, quand il avait pu ainsi amener les pénitents h une conversion sincère. « Oh! que « votre âme m'est chère! disait-il; qu'elle est belle maintece nant! les anges se réjouissent et font une fête à votre sujet. « Je vous en félicite avec eux; mais il faut pourtant bien pro- « mettre à Notre-Seigneur et à moi que vous ne retomberez « plus. » Écoutant ensuite avec bénignité la triste histoire de leurs écarts, il leur recommandait de ne se laisser influencer ni par l'amour-propre, qui, esclave d'une fausse honte, porte quelquefois à diminuer la vérité, ni par une crainte mal entendue de n'en pas dire assez, qui s'imagine qu'il vaut mieux en dire plus que moins, mais d'accuser avec candeur ce qui leur semblerait vrai, ou, en cas de doute, plus rapproché du vrai. Uleur recommandait surtout de se confesser, non pour se décharger et se souUger, mais pour plaire à Dieu et s'unir à lui, non par crainte, mais par amour * ; et, dociles à ses

1 Le P. la Rivière, p. 383 et suiv.

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