LIV. VII. — SA MODESTIE
luxe et la mondanité, il ne voulait dans ses vêtements rien de riche ni d'éclatant, rien de recherché ou qui ressentit tant soit peu Tair du monde et la mode du siècle ; tout dans son vêtir était simple et commun ; c'était la pauvreté qui édifie, jointe à la propreté et à la décence qui annoncent Fhomme d'ordre et de bonne maison, le chrétien dont l'intérieur bien réglé se reflète sur tout l'extérieur.
En effet, ces pratiques extérieures n'étaient que comme le reOet de la modestie intérieure du saint évéque, de la modestie de l'entendement et de la modestie de la volonté. Selon cet ha^ bile maître de la vie spirituelle, l'entendement et la volonté ont leur belle contenance, aussi bien que le corps ; et leurs puissances se dérèglent en leurs mouvements comme les sens extérieurs dans leurs actions. L'entendement se dérègle tantôt par une activité excessive, tantôt par une nonchalance blâmable, plus souvent encore par présomption. Pour combattre l'excessive activité de l'entendement, l'homme de Dieu se tenait en garde d'abord contre l'imagination qui dissipe l'esprit, qui use en pure perle les forces intellectuelles et enlève au devoir un temps précieux ; puis contre la curiosité qui veut connaître ce qu'il est inutile de savoir, qui court avidement après les nouvelles et s'en repaît avec passion; enfin contre les préoccupations qui tuent le présent sous le poids du passé et de l'avenir. Dans cette vue, il s'était fait une règle invariable de conduite de ne s'occuper à chaque moment que de ce que l'ordre de la Providence lui donnait à faire pour ce moment-là et de chasser de son esprit tout le reste, de ne jamais s'enquérir de ce qu'il n'avait pas besoin de savoir, de ne jamais s'arrêter à considérer ce qui n'était qu'un objet de curiosité, de ne jamais lire ce qui ne lui était pas utile pour mieux remplir quelques devoirs; et encore, en faisant ce qu'il avait à faire, de ne s'y appliquer qu'avec ordre et modération : avec ordre, en s'occupant uniquement de l'action présente, sans se reporter sur ce qui avait précédé ni devancer par la pensée ce qui devait suivre; avec modération, sans y apporter ni l'ardeur déme-