‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 245 sur 292 · LIV. VU. — SON HUMILITÉ · texte numérisé non relu

LIV. VU. — SON HUMILITÉ

sait avec une grâce et une allégresse nonpareilies; ce qui produisait un fruit admirable parmi les ecclésiastiques, et attirait au devoir ceux-là mêmes qui y étaient le moins dis^ posés ' .

Cependant cet homme si humble était quelquefois tenté de vanité. Un jour, entendant faire l'éloge d'un autre évèque qu'on disait incomparable dans ses prédications, il en conçut un sentiment de jalousie; mais à peine eut-il remarqué en lui ce sentiment mauvais que, « le prenant, selon son expres- « sion, comme un crapaud hideux, il lui rompit le cou; puis « porta ce bon évéque dans le sein du Père céleste, par ces « humbles paroles : <( Seigneur, donnez lui mille bénédictions « et rendez-le de jour en jour plus capable de recevoir vos « saintes grâces. » Après quoi, s'abaissant profondément devant Dieu et confessant son néant, il promit an Seigneur de se tenir toute sa vie pour un vrai rien, et le pria de lui faire la grâce de ne jamais consentir à de telles pensées ^. Écoutons-le raconter lui-même une autre tentation de vanité dans une lettre à sainte Chantai ' : « L'autre jour, sans y penser, il u me tomba une tentation dans l'esprit, non point de désirer « que je ne fusse pas ecclésiastique, cela eût été trop grossier, « mais parce qu'un peu aupparavant, parlant avec des per- « sonnes de confiance, j'avais dit que, si j'étais encore dans « l'indifférence et que je fusse héritier d'un duché, je choisi- « rais néanmoins l'état ecclésiastique, il m'arriva un débat «t dans l'âme, que si, que non, qui dura quelque temps. Je <c le voyais, ce me semblait, là-bas, bien bas, au fin fond de « la partie inférieure de l'âme, ce sentiment d'amour-propre « qui s'enflait comme un crapaud. Je m'en moquai, et ne « voulus pas seulement penser si j'y pensais; il s'en alla en u fumée, et je ne le vis plus. 0 Seigneur I dit-il ailleurs ^,

i Dép.de Biard.

> AfédUations de Ut mère de Chaugy. (Manuscrit.)

» Lettre cxli*.

* Lettre dcxlii*. — Esprit desainl François de Saies, XVII* p., sect. xxv.

« sauvez-nous! Commandez à ces vents de vanité, et une « grande tranquillité se fera. Quand je suis au pied de la croix, u 6 Dieu ! mon àme est en paix ; à peine suis-je éloigné d'un <f pas, que le vent recommence. »

Mais non seulement le saint évéque s'élevait par son humilité au-dessus des honneurs et des louanges, il savait encore, chose bien plus difficile, souffrir avec une paix parfaite le déchaînement des mauvaises langues contre sa personne. Quand on venait lui rapporter le mal que certains esprits critiques débitaient contre lui : « Ne disent-ils que cela? réponse dait-il. Oh I vraiment ils ne savent pas tout : ils me flattent, « ils m'épargnent. Je vois bien qu'ils ont de moi plus de pitié « que d'envie, et qu'ils me croient meilleur que je ne suis. Or « sus, Dieu soit béni, il se faut corriger. Si je ne mérite pas « d*ètre repris pour cela, je le mérite pour autre chose. — « Mais enfin, lui disait-on, ne faut il pas être bien méchant « pour colporter contre vous des reproches aussi faux? — « C'est un avertissement qu'on me donne, répliquait-il, afin « que je me garde de les rendre vrais; Ton me fait une grâce « en m'avertissant d'éviter cet écueil. » Et, quand il voyait qu'on se déchaînait contre les calomniateurs : « Oh I disait-il, « vous ai -je donc passé procuration de vous irriter pour moi? (( Laissez-les dire; c'est une croix de paroles que le vent em- « porte; il faut être bien délicat pour ne pouvoir souffrir le « bourdonnement d'une mouche. Qui vous a dit que je sois « irrépréhensible ? Peut-être voient-ils mieux mes défauts que <( je ne les vois moi-même et que ne les voient ceux qui m'aic( ment. Souvent nous regardons comme une calomnie la « vérité qui ne nous plattpas. Après tout, quel tort nous font « ceux qui ont mauvaise opinion de nous? Ce ne sont pas « des adversaires, mais bien des aides qui s'unisaent à nous « pour détruire l'amour-propre , notre plus grand ennemi. « Pourquoidonc nous fâcher contre eux*?... Une once de vertu

» Esprit de saint François de Sahs^ XII* part-, sect. iv.

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