‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 246 sur 292 · UV. VII. — SON HUMILITÉ · texte numérisé non relu

UV. VII. — SON HUMILITÉ

« pratiquée parmi les contradictions, les censures et les répri- « mandes, vaut mieux que dix livres de vertu .pratiquée dans M le calme '. »

Il avait avec lui son ancien précepteur, M. Déage, qui, par un zèle immodéré pour sa perfection et un reste d'habitude magistrale, le reprenait à tout propos. Si le saint prélat disait quelque mot agréable pour égayer la conversation, M. Déage lui représentait aussitôt que toutes les paroles d*un évéque doivent être graves et sérieuses. S*il prêchait, M. Déage trouvait toujours quelque chose à blâmer dans le sermon. S'il accueillait d*une manière cordiale ceux qui le visitaient, M. Déage lui citait le proverbe, que la familiarité rend méprisables ceux qui sont élevés en dignité ^. D'autres fois, ce censeur austère se fâchait de ce que François ne se fâchait pas; il s'offensait de ce que Thomme de Dieu pardonnait les offenses; il lui reprochait sans cesse qu'il était trop bon, que sa bonté gâterait tout; et Thumble évéque souffrait de bonne grâce d'être continuellement repris comme un enfant^. Dans l'ardeur de son zèle pour Thonneur de son ancien élève, M. Déage entrait en mauvaise humeur toutes les fois qu'il ap* prenait qu'on disait le. moindre mal : « Et pourquoi, lui disait « François, être si sensible sur ma réputation? Suis-je donc « parfait? Suis-je donc saint? Et quand je le serais, les saints « n'ont-ils pas été en butte à la contradiction des langues? <c Que n'a-t-on pas dit de Notre-Seigneur, qui était la perfec- « tion même? Saint Paul n'a-t-il pas repris saint Pierre, et a lui-même n'a-t-il pas été appelé insensé pour avoir été trop « lettré *? »

Un jour, une personne irritée contre lui vint le trouver et lui dit franchement qu'elle avait dans le cœur beaucoup d'aversion et de mépris pour sa personne. « Et moi, répondit-il

1 Esprit de saint François de Sales, T* part., sect. xxyiii.

2 Ibidem, XI* part., sect. xviii.

» Ibidem, V* part., sect. xxix. — VI* part., sect. xviiu * Ibidem, I'* part., sect. xxviii.

c< sans lui demander la raison de son mécontentement, je tous

a en aime davantage. — Comment cela? dît cette personne

(( fort étonnée. — C'est que, pour me parler ainsi, il faut que

<c vous ayez beaucoup de candeur et de franchise; et j*estime

« fort cette qualité. — Mais ce que je vous dis, reprit-elle, ce

« n'est pas seulement un sentiment passé, c'est un sentiment

(( que j'ai encore en ce moment dans le cœur contre vous. —

« Et moi, repartit François, ce que je vous dis est aussi un sen-

« timent que j'ai en ce moment dans le cœur pour vous, et que

« j*y aurai toujours, je l'espère de la grâce de Dieu. — La cause

« de ma colère, dit la personne, c'est que vous avez appuyé

<( de votre recommandation ma partie adverse dans un procès

a de grande conséquence. — Cela est vrai, dit le saint prélat,

« et je l'ai fait parce que j'ai jugé le bon droit de son côté. —

« C'est pour cela que je vous en veux, dit la personne; vous

a deviez vous comporter comme père commun et non comme

« partie; il ne vous convient pas de favoriser l'un plutôt que

« l'autre. — Les pères communs, reprit le saint évêque, exa-

(c minent, dans les contestations de leurs enfants, qui sont

« ceux qui ont tort ou raison, et le jugement qui a été rendu

« vous prouve que le bon droit était du côté de votre partie

« adverse. — On m'a fait injustice, répliqua<-t*elle. — Je vous

(( assure, dit François, que, si j'eusse été un de vos juges, je

« vous aurais condamné moi-méme. — Bon moyen que vous

« prenez là pour guérir mon aversion pour vousl — Tant

c( que la passion vous dominera, répondit-il, vous ne verrez

« pas clair dans votre affaire et vous vous plaindrez; mais,

« quand le temps aura remis votre esprit dans une assiette

« plus tranquille, vous bénirez Dieu et vos juges de vous avoir

(c ôté un bien que vous ne pouviez posséder en conscience,

(( alors votre aversion contre eux et moi cessera. — Amen,

« reprit l'autre; mais je voudrais bien savoir si c'est du fond

« du cœur que vous m'avez dit que vous m'en aimiez davan-

« tage. — Oui, lui dit le saint prélat, car j'aime qu'on dé-

« charge franchement ce qui pèse sur le cœur. Ceux qui font

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