‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 247 sur 292 · LIV. VIL — SON HUMILITÉ · texte numérisé non relu

LIV. VIL — SON HUMILITÉ

« voir leur plaie rendent la cure plus facile. Pour vous, quel- « que aversion que vous ayez actuellement contre moi, il reste « dans le fond de votre cœur un avocat qui plaide secrète- (( ment pour moi et me fera gagner ma cause avec votre ami- « tié, dès que le feu de la passion sera éteinL — Gomme je « me trompais I reprit Tautre: il fui un temps où je vous « tenais pour un saint. — Vous aviez grand tort, reprit « Thumble évéque, je suis bien éloigné de Fêtre. Il y a quel- « ques-uns de mes amis qui ont un voile sur les yeux et me « croient tel qu'ils désirent que je sois. Mais vous, qui avez « de ma personne un sentiment plus juste, je vous en aime « davantage, d*abord parce que vous êtes de mon avis, et en- « suite parce que Tidée que vous avez de moi m*est bien plus « utile. Ceux qui m'applaudissent m'exposent au danger de <( me perdre par la présomption; mais ceux qui me méprisent « font ce que je dois faire, ils me forment à Thumililé en « m'inspirant de bas sentiments de moi-même, et me mettent « ainsi dans la voie du salut ^ »

Bien d'autres fois le saint évêque fut en butte à des blâmes injustes, comme nous l'avons vu dans le cours de cette histoire, et jamais il n'y opposa que douceur ou silence. « Don- « nez passage à la colère, disait-il avec l'Apôtre; les coups « de canon s'amortissent dans la laine et font mal aux corps a durs qui résistent*? Qu'est-ce d'ailleurs que tout ce que les « hommes peuvent dire contre nous, près de ce qu'on a dit « contre le Sauveur mourant sur une croix entre deux larrons « et rassasié d'opprobres? En présence d'un si grand exemple, « qui n'aurait honte de se plaindre et plus encore d'avoir du « ressentiment^? » << Sans doute, ajoutait-iP, il ne faut pas « compromettre sa réputation, parce qu'étant comme une en- « seigne qui fait connaître où loge la vertu, son absence nui-

* Esprit de saint François de Sales, VII* part., sect xix. 2 Ibidem, XI1« part., sect. vu.

* Ibidem, XIV p&Ti., sect vu.

* Introduction à la vie dévote, III* part.,chap. vu.

<( rait au bien que nous pourrions faire ; mais il ne faut pas « non plus s'inquiéter des atteintes que la langue des médi- « sants pourrait lui porter, parce qu'elle a pour racine la M bonté, qui, tandis qu'elle est en nous, peut toujours repro- « duire l'honneur qui lui est dû. » — « Mais enfin, lui deman- « dait-on un jour, comment devons-nous nous conduire à « l'égard des censeurs injustes ou des calomniateurs? — Pre- <c mièrement, dit-il, on peut répondre selon la vérité, pourva « qu'on le fasse d'une manière douce, paisible, sans paroles « d'aigreur, sans trouble ni émotion. Jésus-Christ, accusé « d'être possédé du démon, répond simplement : Je ne suis « point possédé du démon, Dœmonium non habeo. Après cela, a si l'on persiste à vous accuser, il faut vous taire. Le silence « est l'eau qui éteint la calomnie; la réplique est l'huile de la « lampe où elle se fomente ^ ; ou, comme dit Tacite : Qui la (' méprise la fait tomber; qui s'en irrite lui donne de lacon- « sis tance : Spreta exolescuni; si irascare, agnita videniur '. « Il faut se durcir la peau du cœur contre ces croix qai ne <( sont que des paroles ou un son dont on peut dire : Autant « en emporte le vent *. Qui est trop sensible au qu'en nlira- « t-on n'aura jamais la paix du cœur. »

Les manques d'égards ne troublaient pas plus son humilité que les discours critiques. <( Plût à Dieu, disait-il, que je fasse « aussi indifférent à toute autre chose qu'au mépris qu'on faU « de moi "* I » Un jour le secrétaire d'un prince lui écrivit d'une manière peu convenable et peu respectueuse : Thumble prélat opposa à ce manque d'égards une réponse pleine d'humilité et de courtoisie; et, quelqu'un des siens lui ayant représenté qu'il vaudrait mieux parler sur un autre ton à ce malappris : « Non, repartit-il d'un air gracieux, c'est un

1 Esprit de saint 'François de SaleSy XVI* part, sect, xxiv. — XVII' part., sect. xx.

2 Annaly iv, 34.

3 Esprit de saint François de Sales, XVIU" part., sect. xxx.

4 Le P. la Rivière, p. 468.

Page 1