‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 251 sur 292 · LIV. VII. - SON HUMILITÉ. îiOi · texte numérisé non relu

LIV. VII. - SON HUMILITÉ. îiOi

<€ doivent ni nous étonner, ni nous décourager, ni nous afïli- « ger, encore beaucoup moins nous inspirer la défiance de « TamourdeDieu envers nous. Dieu n'aime ni nos imperfec- « tiens ni nos péchés véniels ; mais il nous aime bien, nonobs- « tant iceux ; de même que Tinfirmité de l'enfant déplaît à « sa mère, sans que pourtant elle laisse pour cela d*aimer « son enfant, ains Taime tendrement et avec compassion. On « dit quelquefois' : Eh! que ne suis-je aussi fervent que les « séraphins! Hélas! nous nous amusons tant à être bons « anges, que nous oublions d'être bonshommes et bonnes c( femmes. Notre imperfection nous doit accompagner juste qu'au cercueil; nous ne pouvons aller sans toucher terre : « chères imperfections qui nous font reconnaitre notre mi- « sère, nous exercent en Thumilité, dans le mépris de nousc( mêmes Ja patience et la diligence, et nonobstant lesquelles « Dieu considère la préparation de notre cœur, qui est de lui « plaire... Allons terre à terre : tenons-nous aux pieds de <€ Notre-Selgneur, pratiquons certaines petites vertus propres a à notre petitesse : A petit mercier, petit panier. Je veux « parler des vertus qui s'exercent plus en descendant qu'en » montant, savoir : la patience, le support du prochain, Thutf milité, la douceur, l'affabilité, la tolérance de nos impera fections... Ne vous troublez donc point, dit-il ailleurs ^, de « vos imperfections, et travaillez toujours avec courage à a vous en relever; recommencez tous les jours, sans croire « jamais avoir assez fait ; il n'y a point de meilleur moyen <i pour bien achever la vie spirituelle. Comment reprendrons- « nous les autres avec un esprit de douceur, si nous nous « reprenons nous-mêmes avec dépit, chagrin et aigreur? « Gomment nous corrigerons-nous nous-mêmes, si nous c< n'avons l'esprit tranquille et en repos? Enfin, l'humilité c€ demande que nous nous croyions encore bien loin de la

1 Lettre Dcccn*.

* Lettre clxxvii».

« perfection, et qu'en cette vue nous recommencions chaque « jour. » .

Si rhumilité de François de Sales était éloignée du découragement, elle Tétait plus encore des sentiments du philosophe qui foulait aux pied l'orgueil de Platon par un orgueil plus grand. Un jour qu'on citait devant lui comme des axiomes ces quatre paroles : Spernere mundum^ spemere nullvm^ spemere sese, spemere sperni: « J'ai, reprît-il, quelque chose à redire « sur tous ces mépris : i^ spemere mundumy cela est vrai si « l'on veut parler des faux biens ou des jugements du monde; « cela est faux si on l'entend des personnes ; 2*» spemere nul- « lum dit trop peu ; il faut estimer et respecter chacun comme u rimage de Dieu, et même comme valant mieux que nous; « 3* spernere sese, cela est vrai si on entend ce qui, en nous, « est de nous; cela est faux si on entend ce qui , en nous, est « de Dieu, car il faut l'estimer et le respecter; ^"^ spemere M sperni est mauvais et sent l'orgueil : il faut estimer le mépris « comme chose qui nous est due, être content qu*on pense de « nous comme nous, qu'on nous aide à nous compter pour « rien, et ne voir dans les opprobres que des dons de Dieu, « dignes de notre amour et de notre reconnaissance*. »

ï Esprit de mint François de Sales, XII« part., sect. xiii.

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