‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 252 sur 292 · SOX ESPRIT DE PAUVRETÉ · texte numérisé non relu

SOX ESPRIT DE PAUVRETÉ

a Je n'ai jamais connu, dit sainte Chantai, une àme aussi « désintéressée et aussi complètement vide de toute affection « aux choses de la terre que notre bienheureux père. » Un jour deux personnes Tayant prié de s'intéresser en leur faveur auprès du duc de Savoie pour obtenir quelque grâce , et lui ayant promis une bonne récompense s'il réussissait : « Vous « ne me connaissez pas, leur repartit-il avec douceur; je suis <( homme sans intérêt et ne fais jamais rien pour de Targent ; « mais soyez certains que je m'emploierai avec plus d'affection « pour votre aiïaire que si c'était pour moi. » Une autre personne lui ayant souhaité, dans une lettre, beaucoup de prospérité et de grandeur temporelle : « Bon Dieu! lui répondit-il, « que me souhaitez- vous là? De la grandeur et de la prospé- « ritél par la grâce divine, je n'en attends et n'en désire d'au- « IreSy en ce misérable monde, que celles que le Fils de Dieu » a eue dans la crèche de Bethléem... Quiconque a son cœur « au ciel ne se met point en peine des choses de la terre. « On lui disait un jour que le monde se moquait de ceux qui n'aspiraient pas à se faire une position aisée et brillante : « Et « moi, répondit-il, je me moque de ces niaiseries-là. Une de « mes plus grandes consolations, c'est de m'imaginer n'avoir « rien et de penser que, quand je mourrai, je n'aurai rien... « Mon plus grand désir, c'est de manquer de quelque chose du '< nécessaire, pour imiter Jésus-Christ, le roi des pauvres, et '< je ne me trouve jamais mieux que quand je suis moins bien...

(c II faut vivre en ce monde, disait-il à un de ses prêtres, comme « si nous avions Tesprit au ciel et le corps au tombeau*. La « sagesse du monde dit : Bienheureuses les maisons qui sont « riches 1 Mais Notre-Seigneur a dit : Bienheureux sont les « pauvres ! La vraie béatitude, en cette vie, est de se contenter « de ce qui suffît : rien ne suffira jamais à celui à qui le sufBa sant ne suffit pas^ « Aussi disait-il souvent ce mol d'un aa- « leur italien : « Poverosi, ma contenta : Je suis pauvre, mais « je suis content. » — « J'aiune suavité non pareille, écrivait-il « à sainte Chantai, à entendre chanter ces paroles de Job : Nu « je suis sorti du sein de ma mère, et nu fy rentrerai. Car qui « n*aimerait, ajoutait-il, la pauvreté queNotre-Seigneor a tant « aimée, et dont il a fait la fidèle compagne de toute sa vie? « Quand on semblait le plaindre du peu de revenu de son évéché : « Et qu'avaient donc les apôtres ?répondait-il\ Eux, qui «< étaient de bien plus grands évoques que nous, n^en avaient c< pas autant; et combien d*honnètes gens qui ont moins que u moi! Mon évêché, disait-il encore, me vaut autant quel'ar- « chevêche de Tolède; car il me vaut le paradis ou Fenfcr. <i aussi bien que celui de Tolède à son archevêque, selon que « l'un ou l'autre nous nous comporterons en notre charge. Je « m'estime même aussi riche qu'aucun évoque de France, parce « que mes revenus suffisent à mes besoins*. C'est un grand « revenu que d'avoir ce qui suffit, lorsqu'on y joint la piélé « qui nous apprend à nous en contenter. Quand on a plasi on « dépense davantage; on a un plus grand train, plus de do- « mestiques qui vous ruinent, et souvent on n'a pas plus de « reste que moi ; quelquefois même on s'endette, et j'estime (( une grande richesse de ne rien devoir. Quand on a peu, on « a moins adonner, moins de soins pour dépenser, moins de

* Dép. de Vabbé Legay.

« Lettre dlxxi».

' Esprit de saint François de Sales, YIlI* part., sect. v. — XI V» part., «cet. XIV et XV.

* fbid,, XIV« part., soct. xxxiv. — Dép, de Pemet,

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