‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 255 sur 292 · SA MORTIFICATION · texte numérisé non relu

SA MORTIFICATION

La nécessité de la mortification pour être vertueux a été sentie par les païens eux-mêmes, dontunavaitpourmaxime : Se priver et souffrir : AMine et sustine. Mais la doctrine de rËvangile et l'onction de la grâce la firent sentir bien autrement au saint évéque de Genève : a II faut mourir, disait-il, <c aOn que Dieu vive en nous; car il est impossible d'arriver à « l'union de notre âme avec Dieu par une autre voie que par « la mortification. Ces paroles : // faut mourir/ sont dures^ <( mais elles seront suivies d'une grande douceur, parcequ'on « ne meurt à soi-même qu'afin d'être uni à Dieu par cette a mort *. » u 11 faut mourir à tout autre amour pour vivre à <t celui de Jésus, afin que nous ne mourions point étemelle- « ment^. » a Mon Dieu! que je voudrais bien mourir pour it mon Sauveur; mais, si je ne puis mourir pour lui, que je a vive au moins pour lui seul ^ I » « II faut vivre en ce monde, « disait- il, comme si nous avions Tesprit au ciel et le corps « au tombeau. L'oraison sans la mortification est une âme a sans corps, de même que la mortification sans oraison est « un corps sans âme ^. »

Conformant sa conduite à ce langage, François de Sales commença par mortifier son corps. Comme il l'estimait un

i Entretien sur la prétention reliyieme, p. 373.

* Traité de V amour de Dieu, liv. XII, c. xm. » Lettre cdxvii*.

* Esprit de saint François de Sales^ XIII« part., socl. xiv.

esclave qui se révolte quand on le flatte et qu'on condescend à ses désirs, jamais il n'accordait à ses sens la moindre délicatesse ou superfluité. Il se bornait, en tout, au simple nécessaire; c'était pour lui une peine d'aller prendre sa nourriture, et, si on ne l'en eût pressé, il l'aurait souvent oublié. 11 jeûnait fréquemment; et l'on peut même dire que sa vie était un jeûne continuel, tant il mangeait peu à chaque repas. U y eut même plusieurs années où, sauf une légère collation qu'on lui apportait le soir dans sa chambre, il ne faisait qu^un repas par jour, trouvant en cela double avantage : celui de se mortifier et celui de se ménager plus de temps pour sa vaste correspondance et ses immenses travaux ^

Il ne tenait, du reste, à aucune mortification particulière et aimait mieux en supprimer parfois quelqu'une que den faire ostentation. Un jour, un prélat élant venu le Tisiter à Annecy, il alla, le vendredi soir, dans sa chambre l'averUr que le souper était prêt : a Souper! lui répondit son bute, je « ne soupe pas aujourd'hui; c'est bien le moins de jeûner « une fois par semaine. » François, aussitôt, lui fait porter la collation dans sa chambre et va souper avec ses aumôniers, qui lui racontèrent que cet évéque était si attaché à ses exercices de piété et à ses jeûnes, qu'il n'en rabattait jamais rien, quels que fussent ceux qui vinssent le visiter. Le lendemain, le saint prélat s'entretenant de ce fait avecl'évèque deBelley: « Voyez-vous, lui dit-il, il ne faut pas être si attaché à ses « pratiques, même les plus pieuses, qu'on ne les interrompe « quelquefois : autrement, sous prétexte de fidélité, il s'y « glisse un très fin amour-propre; un jeûne de vendredi, in- « terrompu, en eût caché plusieurs autres; en pareil cas, on « peut renvoyer le jeûne à un autre jour, ou sinon le rem- « placer par la condescendance, qui est fille delà charité, et « doit lui être préférée ^. »

1 Esprit de saint François de Sales, 1V« part., sect. vni. 8 Dép, de sainte Chantai^ art. 28, p. 76.

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