LIV. V. — SES INSTRUCTIONS ALX SŒURS DE LA. VISITATION
de la ville; et celui-ci, après avoir entendu les raisons pour et contre, déboutant les plaignants de leurs prétentions, autorisa Tachât. Il fut plus difficile de venir à bout de la maison religieuse; mais enfin, à force de patience et de prudence, de douceur et de sagesse, on triompha de ce second obstacle comme du premier; Tacquisition eut lieu; la maison fut appropriée à sa nouvelle destination, et madame de Chantai se vengea d'an de ses principaux persécuteurs en lui prodiguant tous ses soins pendant une longue maladie. « Cet homme, « disait-elle à ses sœurs^ mérite que nous ayons grande com- « passion de lui; il est tenté d'aversion contre nous : il faut « que nous l'en guérissions à force de douceur. »
A mesure que la communauté prenait de l'accroissement, le saint fondateur redoublait de soins pour ses saintes filles. Il leur recommandait souvent de se tenir dans une constante égalité d'âme, tranquillement unies à la divine Providence parmi les contrariétés de la vie et les répugnance de la nature; d'interroger leur cœur à certains moments de la journée pour voir si elles pouvaient dire en vérité : « Ce n'est pas moi « qui visy c'est Jésus-Christ qui vit en moi* ; » d'immoler sans cesse leur volonté propre au bon plaisir de Dieu jusqu'à laisser là un point à faire, une lettre à former, une phrase à achever, dès que Tobéissance appelait ^; de consulter Dieu en tout, comme un enfant consulte son père ; de recevoir toutes choses, petites ou grandes, comme venant de sa main paternelle ; de rendre doucement ou gracieusement au prochain tous les services qu'il désirait ^; enfin de s'abandonner entièrement, pour tout ce qui regardait la santé, aux personnes chargées d'en prendre soin.
De ces avis généraux descendant dans les détails pratiques, il leur conseillait de jeter dès le matin à leur réveil leur âme tout entière dans le sein de Dieu, et de l'y maintenir tout le
^ L*»Ures, t. lY, p. 75.
Lettres, p. 78 et 79.
3 Lettres, p. 80.
resle du jour par la ferveur de leur charité. Il leur assignait, selon la diversité des fêtes et des temps, les sujets de la méditation, premier exercice de chaque jour; il leur en précisait le but, leur apprenant à tout rapporter à la réforme de leurs défauts et de leurs inclinations naturelles, de manière à ne plus vivre pour elles-mêmes, mais pour Jésus-Christ ; il leur indiquait le moyen d^atteindre cette fin si désirable; c'était la méthode même qu'il expose dans Y Introduction à la vie dévote. Il voulait que toutes suivissent cette méthode, et il y tint assujettie, sept années durant, madame de Chantai elle-même. Ce ne fut qu'après cette longue épreuve que, cédant à Tattrait de la grâce qui inspirait cette âme d*élile, il lui permit une oraison plus sublime, par laquelle elle se tenait dans une simple vue de Dieu et de son néant, pleinement abandonnée à la conduite de TEsprit-Saint, sans chercher à produire un acte plutôt qu'un autre, se reposant doucement en Notre- Seigneur, et le laissant sans empêchement ni résistance faire en elle tout ce qu'il lui plaisait ^
De Toraison, le saint docteur passait au sacrifice de la messe, qu'il représentait aux Religieuses comme le soleil des exercices de piété, le cœur de la dévotion, le centre du christianisme, et il leur apprenait à unir leurs hommages à ceux de toute l'Église triomphante et militante, qui, dans ce sublime mystère, s'associe elle-même à Notre-Seigneur pour glorifier avec lui, en lui et par lui, la Trinité sainte. Quand il traitait du saint office, il leur recommandait de recueillir au dedans d'elles-mêmes toutes les puissances de leur âme pour bénir le nom de Dieu, et dire des louanges de son éternelle bonté, qui ne peut jamais être assez louée. En les instruisant sur l'examen de conscience et la confession, il leur enseignait à se tenir prosternées en esprit aux pieds de Jésus-Christ crucifié ; à se représenter par la foi son sang découlant sur elles pour les laver de leurs souillures, et à remporter du saint tribunal,
* Lottres, p. 70 et 77.