LIV. V. — SES INSTRUCTIONS AUX SOEURS DE LA VISITATION
comme un trésor précieux, un cœur contrit et uni à Dieu par un amour tout nouveau. En traitant delà communion, il leur recommandait d*apporter à la table sainte une àme pleine, de foi, d'espérance, d*amour, et de se comporter ensuite de telle manière que tous reconnussent, en les voyant, que Dieu était en elles. Enfin, pour tout l'ensemble de la conduite, il leur expliquait la manière de vivre comme autant d'holocaustes pleinement consacrés à Jésus-Christ, lui offrant tous les moments de leur existence, même ceux du sommeil et de la récréation *, et livrant leur àme tout entière à Tamour divin par de fréquentes aspirations ou élévations de cœur vers le souverain bien. « Car, disait-il, ces saints exercices, lançant « et portant nos esprits en Dieu, y portent aussi toutes nos ac- « tions et les lui rendent agréables. » Pratiques, toutefois, qu'il voulait qu'on rapportât toujours, comme l'oraison, à la réforme du cœur parla correction des défauts et la pratique des vertus. « Il faut, disait-il, que toutes ici se aissent traiter, « corriger et polir, et s'établissent solidement dans l'humilité, c< dans la parfaite abnégation de la volonté propre, dans le a détachement de toutes choses. Delà on s'élèvera à la prati- « que des vertus; et dans le choix on préférera, non les plus «( éclatantes, mais les plus humbles, les petites pratiques de « douceur, de patience, de support du prochain, d'application « à faire plaisir à toutes en toutes-choses, sauf le péché; enfin a la modestie dans le regard, dans la parole, dans le maintien, « de manière à faire dire à ceux qui en seraient témoins : « Voilà de véritables épouses de Jésus-Christ. »
Pour les animer à la pratique de ces vertus, le saint directeur avait certaines maximes favorites qu'il s'attachait à leur inculquer. « Tout tourne à bien, leur disait-il, pour ceux qui '< aiment Dieu : nos misères servent à nous rendre humbles; c< nos afflictions, nos traverses et nos persécutions bien sup- « portées, nous méritent un accroissement de bonheur sans
i Lettre cci.m«.
o8 VIE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES.
<' fin. Toutest vanité, horsTéterBité. Chaque journousappro- (( che de cette éternité, et déjà nous y avons presque un de ic nos pieds : pourvu qu'elle nous soit heureuse, qu'importe « que le passage, qui ne dure qu'un moment, soit un peu ora- » geux !... Est-il possible que, sachant que nos souffrances de « trois ou quatre jours produisent d'éternelles consolations, « nous ne les supportions pas de bonne grâce? Puisque Dieu « est notre père, père si tendre, qu'il veille continuellement « sur nous, et qu'un cheveu ne tombe pas sans lui de notre « tête, comment ne sommes-nous pas toujours préoccupées « du soin de l'aimer et de le servir? » C'était encore une de ses maximes, qu'il faut tenir son cœur dégagé de tout l'être créé, de toute attache aux lieux, aux personnes, aux temps, aux actes mêmes particuliers des vertus, pour s'attacher uniquement à la volonté de Dieu , ne chercher sa consolation, son repos, sa gloire, que dans la croix du Sauveur, au pied de laquelle toutes doivent faire mourir leurs humeurs et leurs aversions, leurs passions et leurs inclinations, leur imagination et leurs sens. « Car, disait-il souvent, il faut beaucoup <c souffrir pour Dieu, avant de jouir de Dieu*. »
Les Religieuses de la Visitation recevaient avec respect ces beaux enseignements, et s'efforçaient d'y conformer leur conduite. Mais considérant combien il serait utile de les avoir par écrit pour les méditer souvent, et les transmettre comme un précieux héritage aux Religieuses à venir, elles formèrent le pieux projet de recueillir, après chaque entretien de l'homme de Dieu, chacune ce que lui rappellerait sa mémoire; puis, de réunir ces pièces éparses et de recomposer le discours dans son ensemble.
Le succès de ces saintes filles dépassa leur espérance : par un efl^ort de mémoire intelligente vraiment merveilleux, elles reproduisirent exactement la parole de leur père, et donnèrent au monde le beau livre des Entretiens spirituels du saint
• Entretien viiv