LIV. VII. — SA MORTIFICATION
« tempe, dit sainte Chantai, il eutà lutter contre ses passions, « mais à force de générosité il les surmonta tellement, qu'elles c( lui obéissaient comme des esclaves, et à la fin il n'en parais- K sait presque aucune trace. » Dieu avait si bien rangé toutes ses inclinations selon la raison et la loi de l'Évangile, qu'il ne faisait aucune action qui ne fût accompagnée de quelque vertu chrétienne^ et il avait si bien vidé son cœur de toute affection terrestre, qu'il put dire en vérité ^ : « Je veux peu de « choses; ce que je veux, je le veux fort peu; je n'ai presque « point de désirs, et, si j'étais à renaître, je n'en aurais point « du tout. Si Dieu venait à moi, j'irais aussi à lui; s'il ne ve- « nait point à moi, je me tiendrais là, sans rien demander ni « rien refuser, sans m'amuser à aucun désir, sinon à vouloir « ce que Dieu veut. »
C'était là la doctrine que le saint évéque inculquait le plus souvent à ses chères filles de la Visitation : « 11 faut, leur di- « sait-il^, renoncer à tdut, d'abord aux biens extérieurs, comme « les maisons etpropriétés, les parents, amis et connaissances ; « puis aux biens du corps, comme la santé, la beauté, les aises « et jouissances des sens ; puis aux biens imaginaires qui détt pendent de l'opinion d'autrui et s'appellent gloire, honneur, « réputation; enfin aux biens du cœur, qui sont les consola- « tions spirituelles: il faut remettre tout cela entre les mains « de Notre-Seigneur, pour en disposer comme il lui plaira, et « le servir sans ces biens comme avec ces biens; et ces renon- « céments se doivent faire non par mépris, mais par abnéga- « tion pour le seul et pur amour de Dieu. Jamais, ajoutait-il, '< on n'arrivera à la perfection, tant qu'on aura affection à » quelque imperfection, pour petite qu'elle soit, quand ce « ne serait qu'une pensée inutile ; et on ne saurait croire « combien cela porte de mal à une âme... Nos affections « sont si précieuses, puisqu'elles doivent toutes être em-
^ Entretien XXI*.
' Entretien vin*.
« ployées à aimer Dieu, qu'il faut prendre garde de ne pas
<( les loger en des choses inutiles, et une faute, pour petite
« qu*elle soit, faite avec affection, est plus contraire à la
« perfection que cent autres faites par surprise et sans af-
« fection. »