CHAPITRE XVri
SA l'ATIENCE
Bien différent des hommes du monde, François de Sales mettait son bonheur dans la souffrance. « Souffrir^ disait-il, « est presque le seul bien que nous puissions faire en ce « monde; car rarement faisons-nous quelque bien que nous « n'y mêlions quelque mal. Et puis Notre-Seigneur n'est ja- « mais si proche de nous que lorsque nous souffrons avec « patience pour son amour. Il veille sur nous quand nous nous « reposons en paix sur son sein, et nous fait tirer avantage de « nos tribulations... » « Bienheureux sont les crucifiés ^ I une « once de souffrance vaut mieux qu'une livre d'action *... H « nous faut souvent immoler notre cœur à l'amour de Jésus « sur l'autel de la croix, en laquelle il immola le sien pour « l'amour de nous. La croix est la porte royale pour entrer au « temple de la sainteté : qui en cherche ailleurs n'en trouvera « jamais un seul brin^. En ce monde, notre partage est sur « la croix; en l'autre, il sera dans la gloire. »
On lui parlait un jour d'une personne chargée de beaucoup de croix et d'afflictions : « Oh ! que cette chère âme est heu- « reuse, répondit-il, d'avoir à souffrir quelque chose pour « Notre-Seigneur, qui a choisi la croix pour fondement de son « Eglise et favorise tous ceux qui la portent! Puisque cette
* Dép. de minte Chantai, art. 31. — Esprit de saint François de Sales, XII' part., sect. i.
* Lettre dccvii'. — Esprit de saint François de SaleSj XV* part., sect. x\iii.
* Ibid.,X\W part., sect. x.
(( personne n*a plus que peu de temps à vivre, il est bon que « ce peu de temps soit employé à la souffrance... AimoDs nos (( croix, disait-il aux âmes affligées * ; elles sont toutes d*or, « vues avec les yeux de Tamour; et, bien que Notre-Seigneur « y soit comme mort entre les clous et les épines, il s'y trouve a un assemblage de pierres précieuses qui nous composeront « une couronne de gloire, si nous portons courageusement « celle d'épines... Vivez donc joyeuse entre les épines de la « couronne du Sauveur; et, comme un rossignol dans son « buisson^ chantez : Vive Jésus ^I Le temps des afiGUclions et u contradictions est le temps de la belle moisson, où Tâme « recueille les plus riches bénédictions du ciel et pratique les u plus belles vertus ^ ; un jour de ce temps est plus profitable (( que six d'un autre temps. Gomme les meilleurs vins crois- <( sent entre les pierres, les plus fortes vertus naissent entre (( les afflictions \ et jamais Tamour de Notre-Seigneur ne se (( pratique mieux que parmi les croix. Dire : Vive Jésus! sur le « Thabor, saint Pierre encore tout grossier en a bien le cou- (( rage ; mais dire : Vive Jésus ! sur le Calvaire, cela n'appar- « tient qu'à la mère et au disciple que Jésus aimait. Le cœur <( qui aime ne peut s'empêcher d'aimer et d'accepter suave- (( ment les traits que la main de Dieu décoche sur lui '. Soyons « donc à jamais attachés à la croix; et que cent mille coups « de flèches transpercent notre chair, pourvu que le dard ea- « Qammé de l'amour de Dieu ait auparavant pénétré notre « cœur! Que cette divine blessure nous fasse mourir de sa <( sainte mort, qui vaut mieux que mille vies®! En quoi, di- « sait-il encore ^^ témoignerons-nous notre amour à Celui qui (< a tant souffert pour nous, si ce n'est parmi les contrariétés,
1 Lettre dcccxxv».
s Lettre dccxkviii*.
' Esprit de tainl François de Sales jW* part., sect. m.
* Lettre lxxvii^.
* Lettres dcccxxxiip et dcccxxxv'.
" Lettre Dcxuv*.
^ I)ép, de Biord.