‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 263 sur 292 · LIV. VÏI. — SA PATIENCE · texte numérisé non relu

LIV. VÏI. — SA PATIENCE

« les répugnances et les aversions? Jetons-nous à travers les c< épines des difficultés, laissons transpercer notre cœur à la « lance des contradictions, mangeons Tabsinthe» buvons le (c fiel, avalons le vinaigre des amertumes temporelles, puisque « c'est noire doux Sauveur qui le veut. Gomme les flammes « se nourrissent entre les épines, Tamour divin s*accrolt « parmi les tribulations bien mieux que parmi les contente- <( ments^. »

L*habile maître de la vie spirituelle distinguait trois espèces de croix qu'il estimait incomparablement meilleures que toutes les autres : les premières sont celles qui nous impor* tunent et nous déplaisent davantage par leur continuité : « Les croix qu'on rencontre dans la rue, disait-il» sont excel- « lentes, mais celles qu*on trouve à la maison valent beau- « coup mieux, parce qu'elles pèsent plus : elles valent mieux « que les cilices, les disciplines, les jeûnes et tout ce que a Taustérité a inventé. C'est là où parait la générosité des ente fants de la croix. » Les secondes sont celles qui se présentent d'elles-mêmes. « Voilà, écrivait-il à une personne chère ^^ « une quantité de croix que vous n'avez point choisies : Dieu <c vous les a données de sa main; recevez-les, baisez>les, ai- <i mez-les, elles sont toutes parfumées de Texcellence du lieu « d'où elles viennent. Là où il y a moins de notre choix, dite sait-il encore', il y a plus du bon plaisir de Dieu. J*aime in- « animent mieux le mal qui nous vient de notre Père céleste « que celui qui vient de notre propre volonté. » Le saint évéque explique encore mieux sa pensée dans un de ses sermons où il commente la parole de Notre-Seigneur : Si quelqu'un veut venir après moiy qu'il prenne sa croix. « Prendre sa « croix, dit-iP, c'est recevoir et souffrir avec une entière

» Lettre ccvm*.

3 Lettre cuii*. — Dép. de sainte Chantai j art. 28, p. 79. * Esprit de saint François de Sales, XVII« p., sect. xxiv. — XVII* p., sect. VII.

"• Sermon pour le jour de Saint-Blaisc.

« soumission toutes les peines et contradictions, afflicUons et « mortifications qui nous arrivent en cette vie, petites ou « grandes^ conformes ou contraires à nos goûts/sans aucune <c exception. Nous voudrions choisir nos croix, en avoir une (( autre que la nôtre, porter une croix pesante qui aurait aa c< moins quelque éclat, plutôt qu'une croix légère qui ûitigue « par sa continuité : illusion 1 G*est notre croix qu*il faut por* « ter, non pas une autre, et son mérite n'est pas en sa qualité, « mais en la perfection avec laquelle on la porte. Il y a sou- « vent plus de vertu à ne pas dire une parole défendue, à ne « pas lever les yeux pour un regard curieux, qu'à porter la « haire. La condescendance aux humeurs d'autrui, le doux, (( mais juste support du prochain, voilà, disait-il, mes vertus u chéries : Oh I que c'est bien plus tôt fait de s'accommodera (( autrui que de vouloir plier les autres à nos humeurs et à (i nos opinions! »

La troisième sorte de croix plus spécialement chère ao cœur de François de Sales, c'était l'injuste persécution. On lui demandait un jour* quelle était, entre les huit béatitudes, celle qui lui semblait la plus excellente ; on s'attendait qu'il allait répondre que c'était la seconde : Heureux les hommes doux! mais, contrairement à cette attente, il répondit : « Heureux ceux qui souffrent persécutionpour la justice! Cette c< béatitude, la dernière dans son rang, est la première dans « mon estime, et je la regarde comme le souverain bonheur « de la vie présente. Ceux qui sont injustement persécutés « portent mieux la ressemblance du Sauveur, et mènent une « vie cachée avec Jésus-Christ en Dieu : ils paraissent méi< chants et ils sont bons, morts et ils sont vivants, pauvres et « ils sont riches, fous et ils sont sages, détestés devant les « hommes, mais en bénédiction devant Dieu. »

La vie du saint évéque était de tout point conforme à ces

ï Espi^U de saint François de SaleSj XVIII« p., sect. xxxix. — XI V« p.. sect. xxviii.

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