LIV. VU. — SON ÉGALITÉ D'AME
âme calme, le regard fixé sur Dieu seul, perdit rien de son égalité et de sa paix * . Aussi disait-il en parlant de Tégalité d'âme : « Notre premier mal, c'est que nous nous estimons
a nous-mêmes: s'il nous arrive quelque péché ou imperfection, « nous voilà étonnés, troublés, impatients, parce que nous
« pensions être quelque chose de bon, de résolu, de solide ;
« et partant, quand nous voyons qu'il n'en est rien, que nous
« avons donné du nez en terre, nous nous troublons, chagrins
« et mécontents de nous être trompés sur notre compte. Si
« nous savions qui nous sommes, au lieu de nous ébahir de
« nous voir à terre, nous nous étonnerions de pouvoir de-
« meurer debout un seul jour, une seule heure. S'il nous faut
'< avoir patience avec tout le monde, c'est premièrement avec
<c nous, qui nous sommes plus importuns à nous-mêmes que
« nul autre ^. N'excusez ni accusez qu avec mûre considéra-
« lion votre pauvre âme, disait-il ^, de peur que, si vous Tac-
« cusez sans fondement, vous ne la rendiez insolente; et que,
« si vous l'accusez légèrement, vousne lui abattiez le courage
« et ne la rendiez pusillanime. Efforcez-vous de faire par-
« faitement ce que .vous ferez, et quand ce sera fait, n'y
M pensez plus; mais pensez à ce que vous avez à faire, allant
« simplement dans la voie de Dieu, sans tourmenter votre
« esprit. U faut haïr vos défauts, non d'une haine de dépit et
« de trouble, mais d'une haine tranquille, les voir avec pa-
« tience et les faire servir à vous abaisser vous-mêmes dans
u votre propre estime *. Regardez vos fautes, continue-t-il,
« avec plus de compassion que d'indignation, plus d'humilité
« que de sévérité, et tenez votre cœur plein d'un amour doux,
« paisible et rassis '• »
* Le P. la Rivière, p. 4G4.
^ Lettre dcclxxxii*.
' Lettre dccxxih*. — Esprit de saint François de Sales j XYII* part., sect. XX.
* Lettre clxvii*.
* Lettre cvii'. — Esprit de saint François de Sales, XV1I« p., sect. xix.
c( Notre second mal, c'est que nous nous aimons nous- « mêmes : si nous n'avons pas des consolations et des goûts « sensibles, nous voilà en tristesse *; si nous rencontrons « quelques difficultés dans nos justes desseins, nous voilk « empressés à les combattre avec inquiétude, parce que nous <( aimons nos consolations , nos aises et nos commodités. Nous (( ne voudrions que du sucre au service de Dieu, et nous ne « regardons point Jésus prosterné en terre , suant sang et eau « par Teffet de sa désolation intérieure... Nous refusons de <c comprendre que, comme les confitures sèches sont les meil- (( leures ^, ce qu'on fait dans la sécheresse est plus méritoire « devant Dieu que ce qu'on fait dans la consolation... Être (( bonne servante de Dieu, dit-il ailleurs ', ce n'est pas être « toujours consolée, toujours en douceur, sans aversion ni « répugnance au bien : car, k ce compte-là, ni sainte Paule, « ni sainte Angèle, ni sainte Catherine de Sienne, n'auraient (( pas bien servi Dieu ; être servante de Dieu, c'est être chari- (( table envers le prochain, avoir en la partie supérieure une « inviolable résolution de suivre la volonté de Dieu, avoir une « très humble humilité et simplicité pour se confier en Dien (( et se relever autant de fois qu'on fait de chutes, s*endurer (( soi-même en ses abjections et supporter tranquillement les « autres en leurs imperfections. » « Ma chère fille, écrivait-il (( à sainte Chantai ^, Dieu ne veut pas que vous ayez la joub- « sance de votre foi, de votre espérance et de votre charité, c< sinon pour vous en servir dans la pure nécessité : vous les « avez pourtant et en fort bon état; mais vous êtes comme a un enfant privé par son tuteur du maniement de tous ses « biens. Que nous sommes heureux d'être ainsi sevrés et tenus « de court par ce céleste tuteur! C'est à nous à adorer l'ai-
» Esprit de sairU François de Sales, X' part., sect. xxrv.
* Ibid,, 111* part, sect. u. — XVI'part., sect. lxiv etxuv. ^Ibid., XV part, sect. xxi. — XVI* part.
* Lettre cclv*.