LIV. V. — SES ENTRETIENS SPIRITUELS. o
évêque^ En lisant cet ouvrage, on croit eptendre François Im-mème : c'est son style, sa couleur, sa manière; il parle avec la simplicité d'un ami qui converse , la précision et la clarté d'un docteur qui instruit, Fonction d'un saint qui tire tout ce qu'il dit d'un cœur pénétré et n'enseigne que ce qu'il pratique.
Là, il expose à ses saintes filles trois lois de la vie spirituelle, qu'il dit être d'une tUilitë non pareille et propres adonner une grande paix et suavité intérieure^ parce qu'elles sont toutes d'amour. La première est de tout faire pour Dieu, et rien pour soi ; non pas seulement en ce qui regarde le temporel, maie encore en ce qui regarde le spirituel et le progrès de l'âme dans la perfection. « Oh! que nous serions heureux, tf dit-il, si nous faisions tout pour Dieu I car son amour est « infini pour l'âme qui se repose en lui. » La seconde loi est de ne rien rabattre de son exactitude à tous ses devoirs au milieu des privations et des sécheresses, des dégoûts et des sacrifices par lesquels il plaît à Dieu de nous faire passer. « Un « seul acte fait avec sécheresse d'esprit vaut mieux, dit-il, que « plusieurs faits avec grande tendreté, parce qu'il se fait c< avec un amour plus fort, quoique moins tendre et moins « agréable. » La troisième loi est de bénir également Dieu dans les événements fâcheux ou prospères ; et le saint explique sa loi par l'exemple de Job. « Le nom du Seigneur soit béni ! <( disait le saint homme Job : c'était là son cantique d'amour « qu'il chantait en toute occasion : voyez-le réduit à l'extré- « mité de l'affliction; qu'est-ce qu'il fait? Il chante son can-
i La sœur Agnès de la Roche fut l'âme de ce beau travail, comme nous rapprend sainte Chantai, dans sa lettre sur la mort de cette religiouse. • En perdant la sœur Agnès, dit-elle, notre institut perd un de
• SOS plus dignes sujets. Nous lui avons toutes des obligations infinies,
• et son souvenir chez nous mérite Timmortalité. Cest elle qui a eu
• soin de recueillir les entretiens de notre bienheureux père et la plu-
- part de ses sermons. Elle avait la mémoire si heureuse, qu'elle réci-
- tait mot à mot tout ce que ce grand prélat avait prêché plusieurs jours
• auparavant. -
« tique de lamentation sur le même air que ses cantiques de « réjouissance. Nous avons reçu , dit-il, les biens de la main « du Seigneur; pourquoi n*en recevrions-nous pas les maux? « Que toujours son saint nom soit béni! Oh! que cette âme <( sainte était grandement chérie de son Dieu ! Puissions-nons « faire de même dans les consolations et les afflictions, chan- « tant toujours le même cantique : le nom de Dieu soit béni! « toujours sur Tair d'une continuelle égalité. »
A ces lois générales le savant maître de la vie spirituelle ajoute des lois particulières pour chaque ver(u : par rapport à Dieu, il demande d*abord à ses filles de s'abandonner entièrement avec leurs volontés et leurs affections au bon plaisir divin, pour ne plus vouloir que ce qu'il veut, et se reposer en lui avec confiance et amour. Il faut, selon lui, déposer notre propre volonté entre les mains de Dieu, jusqu*à recevoir a?ec une parfaite indifférence Faffliction et la consolation, la maladie et la santé, la pauvreté et les richesses, le mépris et Thonneur, l'opprobre et la gloire, et même jusqu'à préférer la privation à la jouissance, la souffrance au plaisir, s'il s'y trouvait un peu plus du bon plaisir de Dieu. « Les saints qui « sont au ciel, dit-il, ont une telle union avec la volonté de « Dieu, que, s'il y avait un peu plus du bon plaisir de Dieu « à ce qu'ils allassent en enfer, ils quitteraient a l'instant le « paradis pour y aller. Nous devons de même en toute occa- <( sion nous laisser conduire à la volonté de Dieu, sans nous « préoccuper des conséquences nuisibles ou favorables qui en (( découleront, assurés que nous sommes que rien ne saurait « nous être envoyé de ce cœur paternel, dont il ne nous fasse « tirer profit si nous avons confiance en lui * . » Cet abandon de soi-même à Dieu, pour être parfait, doit, selon le saint auteur, avoir pour compagne la simplicité, cette belle vertu qui non seulement n^en visage que Dieu seul en toutes choses, sans songer à plaire aux créatures, ni s'inquiéter de ce qu'on pourra
^ Entretiens ii^, v« et viir.