ALEXANDRE VII, ÉVÊQUE, SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU
Que ceci aoit en perpétaelle mémoire.
Quoique TÉglise catholique, semblable à une ville forte défendue par des remparts invincibles et par des vaillants guerriers, ne redoute pas les insultes des puissances infernales, elle est néanmoins principalement soutenue, après les mérites du Rédempteur, par le secours que lui fournit continuellement la sainteté des serviteurs de Dieu. Car, l'homme étant naturellement plus docile à la voix de l'exemple qu'à celle du précepte, on ne saurait dire combien la bonne odeur de leurs vertus produit dans TÉglise de merveilleux fruits de salut. C'est pourquoi Jésus- Christ, vrai Dieu et vrai homme, nous a montré d'une manière ineffable la voie du salut, non seulement par sa doctrine , mais encore par ses actions, faisant servir à cette fin l'alliance merveilleuse de sa double nature en une seule personne. Avait-il quelque doctrine à enseigner? Ma doctrine, disait-il, n*est pas la mienne^ mais celle de mon Père qui m'a en-
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voyé. Proposait-il quelque chose À pratiquer? Je vous ai donné l'exemple, disait-il, afin que vous agissiez de la même manière que j'ai agi à votre égard. C'est pourquoi nos prédécesseurs, diri« gés par le Saint- Esprit ^ ont introduit dans l'Église la louable coutume de placer la sainteté dans un lieu éminent^ afin qu*elle ne soit pas comme une lampe cachée sous le boisseau, mais que, semblable à un flambeau placé sur le chandelier, elle jette un vif éclat devant les hoounes, et leur représente la lumière auguste qui a dit, en parlant d'elle-même : Je suis la lumière du monde, quiconque me suit ne marcTie point dans les ténèbres. Us ont voulu que la sainteté brillât aux yeux des hommes , afin de les attirer de la vénération à l'imitation, et de les diriger et conduire par un chemin frayé aux immortelles délices de la céleste et triomphante Jérusalem. Oui, quoi qu'en puisse dire Timpiété , il serait également contraire aux règles de la bienséance et à celles de la justice de ne pas rendre après leur mort un culte religieux à des hommes qui, parla sainteté de leur vie et par la prédication de TËvangile, ont bien mérité de la république chrétienne.
A ces causes, et conformément à Tancienne coutume des Souverains Pontifes , après avoir invoqué le Seigneur et avoir conféré avec nos vénérables frères. Nous avons , par l'inspiration divine, décrété de mettre au nombre des noms que l'Église catholique révère celui de François de Sales, évèque de Genève, célèbre par sa doctrine, admirable par sa sainteté, et qui de nos jours a été Tappui de TEglise et un antidote contre le poison des hérésies.
L François naquit le 21 du mois d'août de Tan de grâce 1567, au château de Sales, dans le duché de Savoie et le diocèse de Genève; il fut régénéré au même lieu sur les fonts sacrés du baptême. La piété, qui n'était pas moins héréditaire dans sa maison que la noblesse du sang, lui fut inspirée dès le berceau. Dans son enfance, on ne le vit point courir après les frivolités dont s'amuse cet âge ; mais, poussé par l'esprit de piété, et comme pour préluder à la sainteté angélique qui devait éclater en lui, il passait une partie de son temps au milieu de petits autels qu'il avait dressés et ornés. Sa charité le rendait si sensible à la misère des pauvres, que, s'il n'avait pas de quoi les soulager, il fondait en larmes.
n. A mesure qu'il croissait en âge, on voyait croître en lui la piété et la sagesse. Il partageait son temps entre l'étude et la prière;
il n'allait poiat courir dans les places publiques, mais sa joie était d'aller visiter les temples du Seigneur. Il fuyait les mauvaises compagnies , et ne fréquentait que des personnes de qui il pût recevoir et à qui il pût communiquer les semences de vertu.
m. Après avoir été fortifié du sacrement de confirmation, il s'appliqua à faire de plus amples provisions de vertu et de doctrine, afin de devenir un instrument plus propre aux vues que la grâce de Dieu pourrait avoir sur lui. Il avait reçu du ciel une âme bonne, il la rendit meilleure en s'appliquant de plus en plus à cultiver son esprit par Tétude des lettres, et à sanctifier son cœur par la pratique des vertus.
IV. Après avoir étudié les belles-lettres dans le collège d'Annecy, il apprit la philosophie et la théologie dans l'université de Paris, où il fit en même temps d'admirables progrès dans la vertu et la sainteté : car il fréquentait la congrégation établie en l'honneur de la Mère de Dieu dans le collège de la Société de Jésus : là, tous les huit jours, il nourrissait son âme du pain eucharistique; il suivait avec ferveur tous les exercices de piété , surtout ceux qui avaient pour objet le culte de la sainte Vierge, pour laquelle il avait une si grande dévotion , qu'il fit vœu de chasteté perpétuelle au pied de son image , qu'on vénère dans l'église de Saint-Ëlienne des Grès.
V. Fortifié par ce vœu comme parun remède salutaire^ il vint à Padoue prendre des leçons de jurisprudence. Là il eut occasion d'éprouver plus d'une fois les heureux effets de son vœu : il triompha des artifices de quelques condisciples qui avaient poussé l'effronterie jusqu'à essayer de corrompre sa vertu par les charmes de quelques femmes impudiques. Il opposa à ces malheureuses une résistance invincible, et les mit en fuite en leur crachant au visage.
VI. Le cours de ses études terminé, il se rendit à Rome pour y considérer les vestiges de la piété primitive , qu'il voulait retraça' dans sa conduite. C'est là que sa fol et sa religion trouvèrent un théâtre digne d'elles, et qu'il attira du ciel une abondance merveilleuse des grâces du Saint-Esprit pour élever l'édifice de sainteté commencé dès son enfance, conservé et augmenté dans le feu de la jeunesse.
VII. Ainsi François, vainqueur du monde et de lui-même, retourna dans sa patrie pour y recueillir les fruits des connaissances qu'il avait acquises dans ses études. Ses espérances et celles de ses