‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 280 sur 292 · LIV. VII. — BULLE DE SA CANONISATION · texte numérisé non relu

LIV. VII. — BULLE DE SA CANONISATION

compatriotes ne furent point vaines. L'évéque Granier, qui gouvernait alors le diocèse de Genève, eut, en le voyant, un pressentiment de l'abondante moisson que son arrivée promettait à cette Église; et, pénétré de joie, il s'écria, par un esprit prophétique, qu'il avait en lui son successeur.

Vni. Un libre et vaste champ s'ouvrit alors au zèle de François , pour travailler, comme il le désirait, au salut des âmes : car, quoique pour obéir à son père, il eût pris la charge d'avocat général, il rejeta la robe de sénateur dès qu'il eut connu qu'on voulait l'engager dans le mariage, auquel il avait renoncé par son vœu; il entra dans le sacerdoce, après avoir passé successivement par tous les degrés des saints ordres, et il fut élevé à la dignité de prévôt de la grande église d'Annecy. Conformément à la maxime qu'il avait continuellement dans la bouche et dans le cœur : Tout ce qui n'est pas pour Vétemité n'est que vanité, il donna tous ses soins à rappeler aux hommes la pensée de l'éternité. Il institua pour cela la confrérie des pénitents de la Sainte-Croix; il ramena dans le sein dé l'Église des hérétiques d'un grand nom : et, en outre, armé du glaive de la parole de Dieu, il attaqua, par ordre de l'évèque , l'hérésie de Calvin, qui régnait dans le Chablais et les pays circonvoisins.

IX. Il est impossible d'exprimer avec quelle ardeur, quelle constance, quelle allégresse, quelle ferme confiance en Dieu, quelle inébranlable charité pour le prochain , il a combattu l'hérésie et soumis ces peuples au joug de la vraie foi.

X. On rapporte que du haut de la forteresse des Allinges, portant ses regards sur les vastes campagnes des environs et contemplant les déplorables ravages que la religion catholique y avait soufferts de la part de l'hérésie, l'ardeur de son zèle s'enflamma au point qu'il poussa de profonds soupirs, et il ne put avoir de repos qu'il ne se fût rendu à Thonon , capitale de la province. Là , ayant levé l'étendard de la vérité, et se faisant tout à tous , il vint à bout, à force d'instructions et de patience, de relever la religion abattue et de renverser, comme un autre David, Timpiété dominante.

XI. Mais ce qu'il y eut de plus admirable en lui, c'est qu'il ne désespéra, ni en aucun temps ni en aucun lieu, des affaires de la religion : toujours infatigable, jamais les obstacles ne l'étonnèrent; lorsqu'il ne pouvait les vaincre, il trouvait l'art de les éviter ou de les éluder. N'ayant pas la liberté de dire à Thonon la sainte messe,

il allait tous les jours au château des Allinges, distant de quatre milles, pour y célébrer le saint sacrifice ; et, pour la même raison, il traversait chaque jour la rivière de la Drance, en rampant avec les pieds et les mains sur une pièce de bois couverte de glace.

XII. En butte aux calomnies , traité partout de perturbateur du repos public y de séducteur des peuples, d'insigne magicien, ni la crainte de Tinfamie, ni les embûches qu'on lui dressa, ni les dangers de mort auxquels il fut exposé, ne purent lui faire abandonner, en aucune manière, le rétablissement de la foi catholique, qu'il avait entrepris.

XIII. Jamais il ne prit conseil de la prudence mondaine ni du respect humain; mais, se ressouvenant du conseil de rÉvangile, lorsqu'il ne pouvait pas paraître au grand jour et rendre un témoignage public à la foi^ il se retirait et semblait disparaître quelques instants, pour reparaître après un peu de silence, et s'élever pIusTivement que jamais contre Thérésie. Il contenait pour un temps l'impétuosité de son zèle en se retirant dans des fours, dans de vieilles masures^ dans Thorreur des sombres forêts, dans une profonde glacière; là il se cachait comme dans la tente du Seigneur, pour échapper plus aisément aux embûches des hérétiques en se dérobant à leurs regards.

XIV. De là^ retournant au combat avec une sublime magnanimité, en vain avait-il des preuves manifestes qu'on en voulait à sa vie, fl s'en riait, et il refusait les soldats qu'on voulait lui donner pour le défendre, en sorte que le baron d'Hermance, gouverneur du château des Allinges, l'ayant prié de ne sortir du château qu'avec une e^ corte, il répondit qu'il n'avait besoin que de celle des saints Ange? que la Providence lui avait donnée.

XV. Et, comme le même commandant soutenait que les hérétiques devaient être domptés par la force, et lui montrait les pièces (l'artillerie et la garnison de la place , en lui offrant de les mettre i sa disposition pour réprimer les hérétiques ou les ramener à de meilleurs sentiments, François fit bien voir la haute estime qu'il avait de la divine parole, en répondant qu'il n'avait point besoin de machines là où Dieu permettait qu'on pût annoncer sa parole.

XVI. Dieu ne permit pas qu'une si admirable confiance fût trompée; car des assassins^ envoyés pour le perdre. Tayaut enfin trouvé, se jetèrent sur lui l'épée à la main pour le tuer; mais sa présence

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