LIV. V. — SES ENTRETIENS SPIRITUELS. 6t
dire ou penser d'elle, mais qui encore 8*occupe tout bonnement, dit-il, à ainnier Dieu sans se tourmenter à la recherche des exercices et des moyens de Faimer, comme si, pour se former à Tamour, il y avait d'autre art ou d'autre secret que d'aimer. Rien de plus suave et de plus délicieux que les considérations de Fauteur sur ce sujet : toute sa belle âme s'y montre dans sa simplicité et sa candeur.
Le docteur de la piété n'est pas moins aimable quand il explique les vertus qui ont rapport au prochain : il veut qu'on aime le prochain plus que soi-même, jusqu'à se priver pour le faire jouir, et le préférer en tout à soi, selon le précepte et l'exemple de Jésus-Christ, qui nous a dit : Aimez-vovs les uns les autres comme je vous ai aimés; et qui ensuite s'est sacrifié pour nous. Il faut donc mettre dans tous les rapports beaucoup de cordialilé, plus encore de cette douce affabilité également éloignée du trop grand sérieux qui déplaît, et de la familiarité qui détruit le respect; il faut condescendre d'une manière aimable aux volontés et aux désirs d'autrui, mêler à la conversation une joie sainte et modérée, je ne sais quoi de gracieux qui fait plaisir; il faut enfin éviter l'air sombre et mélancolique, comme Fair dissipé et folâtre; supporter les défauts des autres, sans laisser même entrevoir qu'on les aperçoit, et s'abstenir des préférences qui éveillent la jalousie ^ 11 est vrai qu'il se forme en nous, malgré nous, des sentiments d'aversion contre certaines personnes qui ne nous reviennent pas, dont l'esprit, le caractère et les manières nous déplaisent. Mais le saint auteur enseigne à ne tenir aucun compte de ces répugnances, et à n'en pas accueillir les personnes avec moins de bonté, à ne pas leur parler avec moins de grâce, et même à les estimer plus, parce qu'il y a plus de vertu dans celui qui combat une nature défectueuse que dans celui qui jouit sans lutte d'un naturel heureux^. A Fégard des supérieurs, il veut une obéissance universelle, aimante, prompte et constante.
ï Entretien iv^.
- Entretien xm*.
Universelle, la vraie obéissance a un désir insatiable d*ètre commandée en tout, parce que l'obéissance relève le mente des plus petites actions, et qu'il n'y a point de vertu là où il n'y a point d'obéissance; elle soumet non seulement la volonté, mais encore le jugement, approuvant la chose commandée, et l'estimant meilleure que toute autre, parce qu'elle ne connaît point cet orgueil secret qui estime ses manières de voir et les préfère à celles des autres. Aimante, elle se soumet, non par crainte, mais par amour; elle voit Dieu seul dans la personne qui commande, ne discute point les motifs et la sagesse du commandement) ne s'inquiète point du succès, mais se met à l'œuvre; il lui suffit de savoir qu'elle obéit. Prompte, l'obéissance ne remet point au moment suivant; quand on aime, on ne retarde pas. Constante, elle voue sa \ie entière à la dépendance, et y met son bonheur *.
Dans ces belles instructions, le saint évoque n'a garde d'oublier la modestie» vertu propre des Religieuses : modestie du maintien, opposée à l'affectation et h la légèreté; modestie du langage, qui ne dit jamais que des choses convenables et les dit d*un ton de voix modéré; modestie du vêtir, qui consiste dans la simplicité jointe à la propreté ; modestie de rintérieor, qui tient toujours dans un état posé et recueilli l'imagination, Tesprit et le cœur^. Il ne prémunit pas moins fortement ses chères filles contre les bizarreries et les inconstances qui sont une des plus grandes misères de l'humanité, a Dieu, dît-il, a c( donné à l'homme la raison pour le conduire ; et cependant <( peu d'hommes se laissent conduire par elle ; on suit ses pas- « sions^ ses caprices, son humeur changeante; ce qui plaît « un jour déplaît l'autre; on aime et on hait la même petu sonne, selon l'humeur du moment ; on est joyeux ou mé- « lancolique, souvent sans savoir pourquoi... Ce n'est pas là c( l'esprit chrétien : l'inégalité des événements ne doit jamais
1 Entretiens x% xi^, xiv% xv".
« Entretien w".