LIV. VII. — BULLE DE SA CANONISATION
d^esprit et sa douceur les désarmèrent. G^est ainsi que Dieu n'abandonne jamais les défenseurs de la foi qui s'appuient sur la confiance en la divine providence.
XVn. C'est pourquoi le serviteur de Dieu, assuré de la protection céleste par d'innombrables expériences^ aima mieux poursuivre les intérêts de la Religion que d'exécuter les ordres de son père, qui lui commandait de pourvoir à la sûreté de sa vie, exposée à des embûches continuelles, et de revenir dans sa maison, où il pourrait vaquer au service de Dieu dans la sûreté et le repos.
XVIII. Au contraire, il s'appliqua à la défense de rÉglise avec plus de soin et de zèle que jamais; et^ comme on avait mis des obstacles à ce qu'il travaillât à la conversion des hérétiques par le ministère de la prédication, il se mit à les instruire par écrit, et composa plusieurs petits ouvrages de controverse, où il attaquait l'hérésie jusque dans ses derniers retranchements. Il fit tant, qu'il parvint à ériger une paroisse à Thonon, et que peu après il ramena à la lumière de la vérité plusieurs hommes distingués par leur science, dont l'autorité servait d'un grand appui au mensonge, et dont la conversion contribua beaucoup à la propagation de la religion catholique dans ces contrées.
XIX. Au milieu de ces heureux succès, il se tint toujours dans les limites d'une sage prudence, de peur qu'en agissant avec trop de liberté il ne vînt à ruiner l'œuvre de Dieu. C'est pourquoi, comme il faisait à Thonon les fonctions de curé , qu'il portait le saint Viatique aux fidèles dangereusement malades, il ne le faisait pas publiquement, pour prévenir les irrévérences que les hérétiques auraient pu commettre contre cet adorable sacrement; mais il portait la sainte hostie dans une botte d'argent suspendue à son cou, marchant d'un pas grave, d'un air vénérable, son chapeau sur la tête, enveloppé de son manteau, et sans saluer personne dans le chemin.
XX. Le bruit de son habileté à ramener les hérétiques engagea Clément VIII, notre prédécesseur d'heureuse mémoire, à lui ordonner d^entreprendre la conversion du ministre Théodore de Bèze, le plus zélé défenseur du calvinisme, et de conférer seul à seul avec lui, dans l'espérance que le retour de cette brebis au bercail de Jésus- Christ servirait à en ramener beaucoup d'antres : François s'acquitta admirablement de cette commission. Il alla à Genève au péril de sa vie, et eut plusieurs conférences avec Bèze; il lui montra si
clairement la vérité, qu'il ie força de reconnaître ses erreurs. Mais, par un secret jugement de Dieu, il ne put le décider à rentrer dans le sein de TÉglise^ grâce ineffable dont ses péchés le rendirent indigne.
XXI. En ce temps, une cruelle contagion infesta Thonon et le pays d'alentour : elle moissonnait chaque jour un nombre prodigieux de personnes. François de Sales pourvut aux besoins corporels par ses charités, et aux spirituels par ses instructions, avec tant de bonté, de persévérance et d'industrie , qu'il se fit universellement aimer et admirer; on ne pouvait comprendre comment il pouvait subvenir à tant de nécessités, surtout ayant refusé des sommes d'argent qui lui avaient été offertes par plusieurs personnes, et en partieolier par révêque Granier.
XXII. C'est pourquoi Tévèque^ poussé par tant de marques de sainteté si peu équivoques, voulut l'avoir pour coadjuteur de sa sollicitude pastorale. Il l'envoya à Rome pour des affaires qui concernaient la foi catholique, et il pria notre prédécesseur Clément TIII de l'honorer de cette dignité. Le souverain Pontife se fit un plaisir de déférer à cette demande; il lui fit subir, selon la coutume, qd examen, où François donna de telles preuves de sa doctrine, que, s'étant prosterné aux pieds du Saint-Père , celui-ci le fit relcTcr, l'embrassa et lui adressa ces paroles : Buvez, mon fUs, de remit votre citerne et de la source vive de votre puits ; que vos eauxoouUnt au dehors, et qu'elles deviennent des fontaines publiques mt(?utk monde puisse se désaW^er.
XXIII. Élevé à cette nouvelle dignité^ qui donnait un surcroît d'an* torité à son zèle, il se livra tout entier au soin d'augmenter la religion catholique et de diminuer l'hérésie. De retour à Annecy, il fit seul tout à la place de l'évèque absent : il établit un séminaire* et fonda à Thonon la Sainte-Maison où se trouvaient différentes manufactures et un magasin de marchandises, pour détourner les habitants de la ville et des lieux voisins du commerce avec les Genevois ; car il n'ignorait pas combien est dangereux, pour le salut, le commerce avec les impies.
XXIV. La constance du serviteur de Dieu fut mise à de nouvelles épreuves. L'ennemi dont il est parlé dans l'Évangile, le semeur de
^ Ce que le Pape appelle ici séminaire n*était qu'un séminaire oo germe, qui se composait de sept enfants de chœur. (Voyez t. L p. 365.)
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zizanie, avait excité la guerre entre la France et la Savoie. Les Genevois voulurent profiter de cette conjoncture pour favoriser Thérésie» sous préteite de porter secours à la France ; ils s'emparèrent du Chablais et du bailliage de Ternier, en chassèrent les curés catholiques , et envoyèrent des prédicants de la secte de Calvin dans les bourgs et les châteaux voisins, pour semer partout le poison de l'erreur et arracher le bon grain de la vérité catholique.
XXV. François ne l'eut pas plus tôt appris, que, se souvenant de cette parole du roi-prophète : Quand je verrais des armées entières camper contre moi, mon coeur serait sans crainte; au plus fort du combat mon espérance en Lieu sera inébranlable, il se jeta, avec le courage que la religion inspire, au milieu des camps. On Tarrète^ et, suivant Tusage de la guerre, on le conduit au commandant, le sieur de Vitry> capitaine des gardes du corps du roi. Il en fut reçu avec les plus grandes marques d'honneur, et renvoyé avec des ordres royaux qui défendaient de rien innover en matière de religion, et commandaient que^ dans tous les endroits où on aurait ait des innovations, les choses fussent rétablies sur l'ancien pied.
XXVL Non content de cette victoire, qui réparait les pertes de la religion , il en remporta une autre qui enrichit la religion des pertes de rhéréçie. Car, comme le pays de Gex était du domaine de la France, il se rendit auprès du roi à Paris, et obtint de lui des lettres patentes, qui lui permettaient de prêcher en ce pays les vérités catholiques, et il y prêcha avec tant de grâce et d'efficacité, qu'il convertit un grand nombre d'hérétiques.
XXVII. 11 avait une éloquence à laquelle il était difficile de résister^ et que la sainteté et l'innocence de son cœur lui avaient méritée du ciel. C'est pourquoi le roi très chrétien ne crut personne plus propre que François à gagner le cœur de Jacques l", roi d'Angleterre^ et à le faire plier sous le joug de la vraie foi, et Paul V, notre prédécesseur d'heureuse mémoire, le délégua, quelques années après, pour terminer, en qualité d'arbitre , les difiérends qui étaient survenus entre l'archiduc Albert, l'archiduchesse Claire-Eugénie et le clergé de la Franche- Comté.
XXVIII. Mais, quoique son zèle pour les intérêts de l'Ëglise catholique fût très ardent, il était cependant retenu et resserré pendant sa coadjutorerie, d'un côté, par l'autorité de son père , qui le rappelait sans cesse à des soins domestiques, de l'autre, par le respect