‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 283 sur 292 · LIV. VIL — BULLE DE SA CANONISATION · texte numérisé non relu

LIV. VIL — BULLE DE SA CANONISATION

gratuitement, et qu'il ne voulait d'autre récompense de la prédication évangéiique que le salaire précieux promis par le maître de la yigne aux ouvriers qui la cultivent.

XXXIII. On sait qu'étant grand aumônier de Christine, duchesse de Savoie , il se contenta de porter le titre de cette dignité et refusa toujours^ avec une grande modestie, la pension qui y était attachée, et que, cette princesse lui ayant fait présent d'un diamant très précieux, de la valeur de cinq cents écus, il le destina pour les pauvres en disant : Ceci sera bon pour nos pauvres d'Annecy.

XXXIV. Mais sa constance devait être mise à de plus fortes épreuves, afin de faire éclater la grandeur de sa foi. Deux choses sont surtout propres à ébranler la foi : ce sont la perte et le gain. Mais en vain le démon fit-il briller l'un et Tautre aux yeux de François. Sa foi, bien loin d'en souffrir le moindre affaiblissement, en reçut un nouveau lustre.

XXXV. Le roi de France lui fit savoir que son intention était qu'il se rendît au pays de Gex pour y conférer avec le baron de Luz, lieutenant royal au duché de Bourgogne, sur les moyens de rétablir en ce pays Texercice public de la religion catholique. Le Rhône, qu'il fallait traverser pour aller à Gex, était alors si enflé par les pluies, qu'on ne pouvait le passer en bateau sans un danger évident de perdre la vie. Il y avait un pont à Genève, mais il fallait traverser cette ville; c'est ce que François fit avec intrépidité, sans être muni d'autres armes que la prière, sans quitter ses habits d'évêque et sans dissimuler son nom.

XXXVI. Après être resté une heure à Genève, il arriva heureusement à Gex. Des hommes impies, pour troubler l'affaire de religion qui l'y avait amené, l'accusèrent, à la cour de Savoie, d'avoir entrepris ce voyage pour traiter avec le roi de France, et lui faire transport de ses droits sur la ville de Genève. D'abord on rejeta cette calomnie; ensuite elle trouva créance dans l'esprit du sénat, qui, soit pour punir, soit pour intimider l'évêque, donna un arrêt qui déclarait ses biens confisqués au profit du prince.

XXXVII. François, sans s'émouvoir, répondit qu'on se trompait en croyant que cet arrêt lui eût fait tort, qu'il ne l'envisageait que comme un avertissement que Dieu lui donnait d'être tout spirituel, puisqu'il n'aurait plus de temporel. Le sénat, touché de ses paroles, Itti demanda pardon et lui rendit tous ses biens , car telle est la loi

de Dieu^ que la foi rend l'homme plus respectable, à proportion de ce qu'il souffre pour elle.

XXXVni. Si François fut insensible à la crainte des périls, il ne le fut pas moins aux attraits du gain, quoique cachés sous le spécieux prétexte du bien. Il refusa la dignité de coadjuteur de Paris, qu'on lui offrait en lui alléguant qu*un revenu plus considérable le mettrait au-dessus du besoin. Il donna pour raison de son refus cette parole de l'Écriture : Le Seigneur me gouverne, il ne me Uâsse manquer de rien^ c'est lui qui m'a placé dam le lieu de pâturage où je suis,

XXXIX. Il n'est pas surprenant que François, ayant établi avec tant de solidité le fondement de la foi, ait élevé jusqu'au comble de la perfection un parfait édifice de sainteté, orné de toutes les vertus, et que l'Église n*hésite pas à attribuer, d'un consentement unanime, à un si grand homme les honneurs et les prérogatives des saints.

XL. Il avait un amour tendre et compatissant pour les pauvres, il en portait toujours avec lui un catalogue, et il s'appliquait surtout à soulager les pauvres honteux. Sobre dans sa nourriture, simple dans ses vêtements, il se retranchait sévèrement à lui-même toute superfluité, afin de se tenir dans une sainte économie, et d'avoir plus abondamment de quoi pourvoir à la misère des pauvres; carie caractère de la véritable charité est de se retrancher à soi-même pour ajouter à ce qu'on donne aux autres.

XU. Ainsi il envoyait aux pauvres les mets qu'on servait sur sa table, il se dépouillait de ses habits de dessous, et môme de sachemise, pour les en couvrir; il mettait en gage sa vaisselle d'argent, ses chandeliers, ses burettes et même son anneau pastoral, pour ne pas laisser les pauvres dans le besoin.

XLII. Pour mettre la chasteté des pauvres filles hors de danger, il leur procurait une dot, la plus considérable qu'il pouvait. U recevait chez lui les pèlerins et les Religieux avec une cordialité tonte fraternelle.

XLIIL Sa main s'ouvrait toujours aux besoins des indigents, avec une telle abondance que , tout le pays ayant été affligé d'une craelle famine, il ne renvoya jamais aucun pauvre sans lui faire l'aumône; il faisait distribuer une certaine quantité de blé à chacune des familles qui étaient dans le besoin. Sa bienfaisance était si grande,

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