UV. V. — ESPRIT DE LA VISITATION
« liatioDs qui se rencontreraient; et, si je n'en rencontraiô - « pas, je m'humilierais de ce que je ne suis pas humilié. Je << tâcherais le mieux possible de me tenir en la présence de « Dieu et de faire toutes mes actions pour son amour ; car « qu'avons-nous autre chose à faire en ce monde? Je tra- « vaillerais à me quitter moi-même et laisserais faire de moi « tout ce qu'on voudrait. Dieu nous en fasse la grâce et soit « béni, ib
Ce tableau si touchant de simplicité et de vertu n'est, pour ainsi parler, que la mise en scène des conseils de perfection que le saint fondateur donnait vers le même temps à la pieuse fondatrice elle-même : <c Je désire, lui écrivait-il S que vous « soyez extrêmement petite et basse à vos yeux, douce et '.( condescendante comme une colombe. Employez de bon « cœur toutes les occasions de vous humilier; ne soyez pas « prompte à parler : répondez tardivement, humblement, « doucement, et dites beaucoup en vous taisant par modestie « et égalité. Supportez et excusez fort le prochain avec grande « douceur de cœur. Ne philosophez point sur les contradic- « tions qui vous arrivent; ne les regardez point, mais Dieu « en toutes choses, et acquiescez à tous ses ordres très sim- « plement. Faites toutes choses pour Dieu, vous unissant ou « continuant votre union par de simples regards ou écoule- « ments de votre coeur en lui. Ne vous empressez de rien; « faites toutes choses tranquillement en esprit de repos : pour ** chose que ce soit, ne perdez point votre paix intérieure, « quand bien même tout se bouleverserait, car qu'est-ce que '* toutes les choses de cette vie, en comparaison de la paix « du cœur? Recommandez toutes choses à Dieu et tenez-vous « coi et en repos dans le sein de sa paternelle providence. « Quand vous trouverez votre esprit hors de là , ramenez-l'y « doucement et très simplement, sans vous jeter jamais dans « aucuns soins, désirs, affections ni prétentions quelconques,
' Lettre DCLXvnr.
88 VIE DE SAIiNT FRANÇOIS DE SALES.
« sous aucun prétexte que ce soit. Notre-Seigneur vous aime, « il vous veut toute sienne. N*ayez d'autres bras pour vous « porter que les siens , d'autre sein pour vous reposer que le « sien et sa divine providence : n'étendez point votre vue ail- « leurs et n'arrêtez votre esprit qu'en lui seul. Tenez voire « volonté si intimement unie à la sienne, que rien ne soit entre « deux, et oubliez tout le reste. Prenez bon courage et tenez- « vous humblement abaissée devant la divine majesté. Ne dé- « sirez rien que le pur amour de Notre-Seigneur, ne refusez « rien, pour pénible qu'il soit, vous revêtant de Notre-Seigoeur « crucifié, et l'aimant en ses souffrances. »
Ainsi François de Sales substituait aux austérités corporelles le détachement le plus parfait, l'humilité la plus profonde, l'obéissance Adèle et l'esprit de pauvreté. Dieu bénit visiblement un institut si fortement empreint de l'esprit de l'Évangile; jusque-là que le saint évéque vit de son vivant fonder treize monastères, et madame de Chantai seule en fonda quatre-vingt-sept. Impossible de méconnaître dans ce grand développement l'action de la Providence, qui non seulement fournit, selon les besoins, des sujets éminents et presque autant de supérieures que de religieuses^ mais qui encore ménagea merveilleusement les chances de succès. Aussi on attendait son indication avec respect et on la suivait avec amour; mais jamais on ne la devançait par l'empressement d'un zèle trop vif et trop humain, soit dans le choix des sujets, soit dans la fondation des établissements. (( Peu et bien, disait le « saint fondateur; ayons patience, et nous ferons assez si ce « peu que nous ferons est au gré du grand Maître. Il vaut (( mieux que nos sœurs croissent par les racines des vertus « que par les branches des maisons. Elles ne seront pas plus « parfaites pour avoir un grand nombre de monastères. En c( dispersant, on dissipe ^ Multiplicasii gentem, non magni^' « casti Ixiitiam^, »
1 Esprit de saint François de Sales, VIII" part., sect. xxi. * Isaïe, IX, 3.