LIV. V. — CHOLX DES SUJETS
Pour le choix des sujets, le saint fondateur ne regardait ni à la fortune ni à la santé, mais bien à la douceur et à Thumililé. « Je préfère infiniment^ disait-iP, les douces et les « humbles, quoiqu'elles soient pauvres, aux riches moins u humbles et moins douces. La prudence humaine dit : Bien- « heureux les monastères riches! Mais nous, nous devons a dire : Bienheureux les pauvres, et souffrir avec amour que '( la pauvreté soit mésestimée. » On discutait un jour en sa présence sur la dot d'une jeune personne qu'on devait recevoir à la profession : madame de Chantai tenait ferme pour que la dot fût entière; et lui ne disait mot ni pour ni contre; mais, rentré chez lui, il improuva la fermeté delà supérieure par un billet qu'il lui écrivit et qui finissait ainsi : « Ma mère, vous « êtes plus juste que bonne; il faut être en ces rencontres plus tt bonne que juste^. » Une fille unique, héritière de grands biens, ayant été agréée pour religieuse professe à la suite d'une année de probation, le saint fondateur lui demanda quelle disposition elle voulait faire de ses biens : a Je veux, « dit-elle, les donner au monastère. — Non pas, dit le saint « fondateur, nous ne faisons point notre congrégation pour « incommoder les familles, vous vous bornerez à vous consli- « tuer une dot un peu meilleure que les ordinaires, puisque « vous en avez les moyens; cela suffira. Et que voulez-vous « faire du reste? — Je le donnerai à mon frère. — Et pour- « quoi pas à votre mère? — Parce qu'elle m'a donné de « graves sujets de mécontentement. — Gela ne vous dispense « pas, ajouta*t-il, d'observer le commandement de Dieu qui « prescrit le respect de ses parents. » Et la chose fut ainsi réglée.
Autant le saint fondateur voulait que, dans la réception des sujets, on n'attachât qu'un intérêt médiocre aux biens de la fortune, autant il prescrivait d'être indulgent pour les défauts
* lettre ccLvi*.
^ Recueil de la mère Greffier,
de corps ou d'esprit, pourvu qu'il y eût une vraie vocation. « Je suis Tami des infirmes, disait-il; si je les rejetais, où se- (( rait en moi Ja charité chrétienne? et que deviendraient ces 0 sortes de sujets? Personne n'en veut. Si on les reçoit avec a charité, cet exemple en attirera d'autres bien faits et en si « grand nombre, que les mondains s'en étonneront*. » Le saint évéque avait môme comme une prédilection particulière pour les personnes disgraciées de la nature en quelque manière que ce fût; et, comme on lui en demandait la raison : « Bien- (i heureux, répondit-il, ceux qui n'ont rien d'aimable, puisque « l'amour qu'on leur porte est tout en Dieu! » On lui présenta un jour une personne tout à fait difforme; et, ayant reconnu son mérite dans l'examen qu'il en fit : « Recevons-la, « dit-il, c'est une belle àme dans un corps fort laid, c'est un « beau diamant mal enchâssé. »
Il enseignait à ses sœurs ' que la vraie marque de la vocation est une ferme et constante volonté de bien servir Dieu dans l'état où l'on se croit appelé, et d'y travailler à sa perfection par les moyens propres à cet état, et que, quand on trouve cette bonne volonté, on ne doit tenir compte ni de Toccasion qui a donné naissance à la vocation et qui souvent est tout humaine, ni des dégoûts, refroidissements et vicissitudes qui surviennent et qui sont une ^uite de notre humanité ;qae si l'on ne peut recevoir les postulantes à l'épreuve sslus garantie de leur vocation, on ne doit donner l'habit et admettre au noviciat que quand on a bien constaté par l'expérience la bonne volonté de s'amender et de se soumettre^; que les défauts qu'on est résolu à corriger ne font point obstacle ^, parce que là où il y a moins de nature, il y a plus de grâce ; mais surtout qu'on ne doit admettre à la profession que les sujets dans lesquels on trouve : 1*^ Un cœur disposé à vivre dans la
* Dép, de la mère de Chaugy.
^ Lettres dclxxyii» et dclxxviip.
' Lettre dclxxxiii*.
* Lettre DCI.XXXI1*.