‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 43 sur 292 · LIV. V. — FONDATIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

LIV. V. — FONDATIONS DIVERSES

(c évéque à madame de Chantai, que des serviteurs de Dieu « m'ont dit aujourd'hui que la douceur et la piété de notre « institut était tellement au goût des esprits français, que c< vous ôteriez toute la vogue aux autres maisons religieuses; « que, quand on aurait vu celte dame de Chantai, il n*y « aurait plus que pour elle? Or sus, cela n'est rien. Dieu, qui u voit tout et qui sait que nous ne venons pas à Paris pour « nous faire voir, mais pour montrer à sa bonté plusieurs c< âmes, s'acheminant purement à son saint service, Dieu, « dis-je, nous aidera. » En effet, le 1^' mai 1619, la maison commença, très pauvrement et très petitement, comme toutes les œuvres de Dieu. Une position si humble ayant affligé la présidente Amelot, qui leur portait le plus tendre intérêt : « Madame, lui écrivit le saint fondateur, ne 'vous étonnez n point de voir nos filles de Sainte-Marie si rejetées et si abais- «c sées; Dieu les élèvera : il fera croître ce petit institut, qui a se multipliera et, comme la violette, répandra partout sa « bonne odeur*. » En effet, quatre mois ne s'étsdent pas écoulés, que le mérite de madame de Chantai avait attiré sur le nouveau monastère l'intérêt général, et facilité Tachât d'un local plus convenable.

Pendant ce temps-là, François, de retour à Annecy, fit partir pour Paris des sœurs destinées à aller, sous les ordres de madame de Chantai, fonder un établissement à Orléans, qui demandait avec instance des Religieuses du nouvel institut* Peu après, le couvent de Moulins envoya une colonie à Nevers, et le monastère de Lyon une autre colonie à Montferrand, ville d'Auvergne alors fameuse, qui avait ses fortifications et ses consuls, aujourd'hui totalement déchue de sa première splendeur. Le 20 août 1622, le monastère de Lyon envoya également cinq Religieuses à Belley, pour y fonder une maison que demandait l'évèque avec instance; enfin madame de Chantai alla elle-même établir un autre monastère à Dijon.

1 Histoire de la fondation du premier monastère de Paris.

François, voyant ses monastères se mullipller ainsi, composa pour les sœurs qui en étaient nommées supérieures des règles de conduite éminemment utiles à tous ceux qui gouvernent, en quelque degré de Téchelle sociale qu'ils soient placés*. Il y pose comme premier principe que les supérieures doivent exceller en humilité et en douceur, ces deux vertus a que <( Notre-Seigneur demandait aux apôtres destinés à la sua périorité de Tunivers : anéantissez-vous profondément en « vous-mêmes, leur dit-il, en considérant que Dieu veut se a servir de votre petitesse pour un ministère d'aussi grande fi importance que la conduite des autres et la charge des « âmes. Pour remplir ce ministère, ne soyez, à Tégard de vos a sœurs, ni fières, ni flatteuses, mais douces, aimables et af- « fables, les aimant d'un amour cordial, maternel et pasto- « rai, vous faisant toutes à toutes, mères à toutes, secourables « h toutes, la joie de toutes : avec ces conditions tout marche, <( sans ces conditions rien ne suffit. » Son second principe, c'est que les supérieures doivent avoir en Dieu une confiance plus grande encore que la défiance qu'elles doivent avoir d'elles-mêmes; et il faut, selon lui, que ce sentiment les rende c( humblement vaillantes par celui qui fit le grand coup de sa « toute-puissance en rhumililé de sa croix. Le divin Maître, « leur dit-il, en vous attachant à cet emploi, s'est obligé a « vous prêter l'assistance de sa sainte main. Pensez-vous qu'un « si bon père comme Dieu vous rende nourrices de ses filles « sans vous donner abondance de lait, de beurre et de miel? (( Si le Seigneur met ces âmes dans votre sein pour que vous (( les rendiez dignes de lui, il étendra son bras tout-puissant « à mesure de l'œuvre qu'il vous impose. »

Ces deux principes posés, le saint fondateur vient au détail des devoirs de la supérieure. « Prenez un grand soin, lui dit- <c il, de maintenir votre extérieur dans une sainte égalité, a sans jamais paraître triste et sombre, quelque peine que vous

* Lettres dclxx> •, dclxxvi®, dclxxvii«.

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