LIV. V. — AVIS AUX SUPÉRIEURES
« ayez, ni légère dans votre contenance, qui doit toujours « être grave et tout à la fois douce et humble; que votre rire « soit modéré, vos yeux ordinairement baissés, et que raffa- « bilité ne nuise point à Tautorité et au respect. Suivez la « communauté simplement en toutes choses, sans rien faire « de plus ni de moins. Chacun attend de vous le bon exemple, « mais joint à une charitable débonnaireté, parce qu'à cette « vertu, comme à Thuile de la lampe, tient la flamme du bon « exemple, n'y ayant rien qui édifîe tant que la suavité de K cœur toujours égale, la débonnaireté charitable. »
Quant au gouvernement des sœurs, le saint instituteur prescrit de ne les tenir ni trop serrées ni trop en liberté, de ne jamais leur montrer de déGance, de les supporter doucement et de les servir amoureusement, tout en conservant Tautorité de supérieure accompagnée d'une sainte humilité, de tenir la balance droite entre toutes, sans jamais laisser paraître de partialité ni d'aversion pour personne, de se souvenir que la supérieure n'est pas tant pour les fortes que pour les faibles, bien qu'il faille avoir soin de toutes, afin que les plus avancées ne reculent pas en arrière, et, en conséquence, d'être très tendre à l'égard des plus imparfaites pour les aider à devenir meilleures, et ne jamais faire l'étonnée, quelque misère qu'elles nous confient; d'avoir 'toujours une ferme intention de tout faire pour Dieu, rien que pour Dieu, et après cela de ne pas se déconcerter d'être contrôlée dans son gouvernement, d'écouter tout avec douceur, de le proposer à Dieu, d'en conférer avec le conseil des coadjutrices, et faire ensuite ce qui sera estimé le mieux , avec une sainte confiance que la Providence fera tout tournera sa gloire, et en même temps avec une si grande suavité et un si grand calme, que les inférieures n'en puissent prendre occasion ni de perdre le respect àfi à la supérieure, ni de penser qu'on a besoin d'elles pour gouverner.
« Tenez bon, dit encore le saint fondateur, à l'étroite ob- « servance des règles, à la bienséance de vos personnes et de
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« vos maisons. Apprenez à vos sœurs qu'elles n'ont un cœur « que pour aimer, bénir el servir Dieu iidèlement, et qu'il les (( a unies ensemble afin qu'elles soient extraordinairemenl « braves, hardies, courageuses, constantes en son service; « qu'elles s'adonnent aux grandes et parfaites vertus d'une « dévotion mâle, forteet généreuse, à l'abnégation de l'amour- « propre, à l'amour de sa propre abjection, à la mortification <' des sens , à la sincère dilection , et qu'elles fassent ce que « leur supérieure leur ordonnera, ni plus ni moins, sans autre « prétention que de servir la divine majesté*. C'est chose « bien dure pour elles, ajoute-t-il, de se sentir détruire el <t mortifier en toute rencontre; néanmoins l'adresse dune « suave et charitable mère fait avaler ces pilules amères avec « le lait d'une sainte amitié, montrant continuellement à ses « filles de joyeux et gracieux abords, afin qu'elles y accourent « en gaieté et se laissent tourner comme des boules de cire (( qui s'amolliront sans aucun doute au feu de cette ardente « charité. »
Ces sages avis furent comme le couronnement de l'œuvre de saint François de Sales, dont l'histoire générale a été quelques instants suspendue par la nécessité de rassembler dans un seul livre tout ce qui se rattachait à l'ordre de la Visita» tion. Nous allons reprendre maintenant cette histoire depuis l'an ICIO, où nous l'avons laissée, jusqu'à la mort de François de Sales, en 1622, en avertissant le lecteur de ne pas* s'étonner s'il trouve ces douze années moins remplies de faits que les précédentes. La raison en est que ce saint évéque avait banni en grande partie le mal de son diocèse et y avait organisé le bien. Or, si le mal à réformer fournit toujours de nombreuses pages à l'histoire, il en est autrement d'un bel ordre de choses solidement établi; cet ordre se maintient sans incidents remarquables et suit paisiblement son cours comme le soleil, en laissant l'historien dans une
1 Lettres Dcxcn-^, dcxcv.