DES PAPES SUR LE TEMPOREL DES ROIS
Les soins qu*avait donnés François de Sales à Tinstitut de la Visitation ne lui avaient rien fait retrancher de ce qu'il devait au bon gouvernement de son diocèse. Plaçant au premier rang de ses sollicitudes la formation du clergé , il eût désiré établir un grand séminaire, où les aspirants au sacerdoce pussent se former aux: vertus et aux fonctions ecclésiastiques, apprendre la manière de catéchiser et d*instruire, le chant et les cérémonies. Dénué de toutes ressources pour faire face aux frais de cet établissement, ainsi que nous Tavons dit ailleurs, il renouvela ses instances auprès du Saint-Siège pour qu*il imposât au clergé une cotisation sur les bénéfices, qui serait employée à une œuvre si nécessaire*. Aucun évéquene pouvait faire entendre une voix plus puissante : car sa vertu
. ^ Lettre cccLxxir.
était appréciée à Rome comme elle devait l'être : « Vous avez « pour évoque un vrai saint, disait le Souverain Pontife à M. de <c Coëx, envoyé pour faire approuver la réforme de Talloires, « et je Tai toujours estimé tel. Dites-lui de se souvenir de <( nous dans ses prières, auxquelles nousavons la plus grande « confiance; et vous, soyez ses imitateurs, suivez exactement « ses traces ^ » Néanmoins Rome vit tant de difficultés dans la mesure proposée, qu'elle s'abstint de rien décider.
Alors, désespérant d'obtenir jamais ce qu'il désirait si vivement, François s'efforça au moins d'encourager le zèle des sciences ecclésiastiques en prenant part aux thèses publiques de philosophie ou de théologie, qui exercent si utilement l'intelligence quand, le cours élémentaire fini, on peut se livrer à des études plus profondes. Un jour qu'il assistait à un de ces exercices, il arriva que le répondant se laissa prendre dans les filets de son argumentateur. C'était au chanoine qui présidait à l'en tirer; mais, peu heureux dans ses efforts, celui-ci allait y être pris lui-même et subir une humiliation pénible pour ses cheveux blancs. Touché de sa position, l'évéque intervient aussitôt, et, par une distinction fort spirituelle, résout l'argument d'une manière si lumineuse, qu'il n'y avait plasrien à dire. L' argumentateur, mécontent de sa défaite au moment où il comptait sur la victoire, répond avec vivacité et mauvaise humeur que cette distinction est inouïe. « 11 peut se faire, « reprit l'évéque en souriant, qu'elle ait été inouïe pour vous « jusqu'à ce jour, mais à l'avenir elle ne le sera plus^. » Au sortir de l'exercice, le président étant allé remercier l'évéque d'avoir sauvé l'honneur d'un pauvre vieillard déshabitué des s ubtilités de l'école : « Vous ne me devez point de remercie- «• ments, Monsieur, répondit François; c'est le devoir des « jeunes de soutenir les vieux, comme c'a été le devoir des « vieux de nous soutenir dans les faiblesses de notre enfance.
1 Dép. de Myncet.
3 Charl.-Aug., p. 417.