‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 48 sur 292 · LIV. VI. — CONVERSIONS REMARQUABLES · texte numérisé non relu

LIV. VI. — CONVERSIONS REMARQUABLES

tf Je placerai pas à usure. » Et aussitôt il envoya les quatre cents écus à une pauvre et sainte fille qui désirait vivement entrer en religion, mais ne pouvait exécuter son pieux dessein, faute de ressources pour payer la dot qu*on exigeait*.

La charité du saint évéque ne fut pas moindre à l'endroit de plusieurs possédés que lui amena vers cette époque un de ses prêtres. 11 commença par les examiner avec soin, en découvrit un qui contrefaisait le possédé, sans Tétre en effet, ce dont il le reprit sévèrement; et, ayant constaté la possession des autres, il prononça sur eux les exorcismes, et eut la consolation de les délivrer^.

Mais ce qui lui donna plus de bonheur encore, ce fut le retour à la vraie foi d'environ quinze hérétiques de Genève, et surtout de madame de Saint-Sergues, personne de qualité et d'un esprit remarquable, habile dans la controverse, qu'elle étudiait depuis vingt-deux ans, aussi instruite qu'aucun ministre, et d'une si grande autorité dans sa secte, qu'on l'appelait Varchiministresse. Cette dame étant venue à Annecy voir quelques amies qu'elle avait dans cette ville, on lui proposa d'aller saluer l'évéque, dont la réputation était si grande. « Dieu m'en garde, répondit-elle d'un ton méprisant : c'est « un mauvais homme, un enchanteur, un magicien, un sor- * cier, que nous avons en horreur, à cause de ses four- « beries. — Mais au moins, lui dit-on, consentez à l'entendre « prêcher une fois. »> Elle s'y résigna ; et, dès qu'elle l'eut vu et entendu, elle sentit décroître ses préjugés, désira même lui être présentée. Le saint évéque l'accueillit avec bonté, la laissa débiter toutes ses invectives contre la religion catholique avec une chaleur et une violence qui ne connaissaient aucune mesure, sans que lui-même perdit rien de son incomparable douceur; et, quand elle eut cessé de parler, il lui

' Dép. de François Favre, qui était présonl. — Charl.-Aug., p. 418. 2 Charl.-Aug., p. 418.

exposa, en évitant même Tombre de la dispute, les beautés de la foi qu'elle ne comprenait pas, et il le fit avec tant de calme, de bonté et de grâce, que, toute hors d'elle-même, elle ne savait qu*admirer davantage, ou la tranquillité de son âme, ou la solidité de sa doctrine. Cependant elle ne se rendit pas ce premier jour; elle revint discuter plusieurs autres points; et, enfin, s'avouant non seulement convaincue, mais charmée des heaulés de la religion catholique, elle se décida généreusement à se convertir ^ Le saint prélat entendit sa confession et choisit, pour la réconcilier à TÉglise et l'admettre à la sainte table^ l'oratoire même de la Visitation. « Gomme j'espère, écrivit-il à madame de Chantai *, que les « anges, et surtout la reine des anges, regarderont le spec- <c tacle de la dernière action de la réduction de cette âme Je « désire qu'elle se fasse autour de votre chère petite troupe, « afin que nous soyons tous regardés avec une joie extraordi- « naire par ces esprits célestes, et que nous fassions avec eux « le festin d'allégresse sur cette enfant prodigue revenue à la <( maison de son père . »

L'abjuration d'une personne de ce mérite rendit furieux les hérétiques de Genève. Ils poursuivirent de leurs insultes et accablèrent d'injures madame de Saint-Sergues, qui non seulement n'en demeura pas moins fidèle à la foi qu'elle avait embrassée, mais encore mit plus d'énergie à la défendre qu'elle n'en avait mis à soutenir la doctrine de Calvin. Ce bel exemple détermina plusieurs hérétiques à se convertir, entre autres un religieux italien, Nicolas Bartholonio, lequel, abandonnant son cloUre, était allé se marier à Genève. Cet apostat, sentant alors se réveiller, plus poignantes que jamais, les remords de sa conscience, alla trouver le saint évéque que tout le monde regardait comme le père des enfants prodigues; et celui-ci, non content de lui obtenir l'absolution

iCharl.-Aug., p.419.

a Lettre ccxvr.

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