‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 49 sur 292 · UV. VI. — M. DE BÉRULLE FONDE L'ORATOIRE · texte numérisé non relu

UV. VI. — M. DE BÉRULLE FONDE L'ORATOIRE

du Sainl-Siège, lui procura un bénéfice à l'église cathédrale de Sion *.

Ces conversions furent suivies d*une autre qui eut bien plus de retentissement encore. François venait de faire paraitre une seconde édition de V Introduction à la vie dévote; etFouvrage, se répandantde plus en plus, portait dans toutes les âmes la lumière et l'onction de la vraie piété. Un exemplaire étant tombé entre les mains du baron de Monthelon, calviniste de Lorraine, ce seigneur fut si profondément touché de cette lecture, que, dans le transport de son admiration, il se mit aussitôt en route pour Annecy, voulant à tout prix voir l'auteur d'un livre si incomparable et conférer avec lui sur la religion. Arrivé à Annecy, il se présenta à Tévéque, qui le reçut avec sa grâce ordinaire et lui donna tout le temps qu'il voulut. L'importunité du seigneur lorrain fut grande, mais le résultat fut consolant. Après six semaines de conférences, ce seigneur abjura Thérésie et fit profession de la foi catholique ^.

Vers ce temps-là, François apprit une nouvelle qui ne réjouit pas moins sa foi : la nouvelle de l'établissement de l'Oratoire. Dès avant son épiscopat, son zèle pour le bien de rÉglise lui avait inspiré un projet semblable: il avait compris combien serait utile une société de pieux et savants ecclésiastiques, qui offriraient au clergé séculier un modèle de perfection sacerdotale et seraient comme un séminaire de pasteurs exemplaires. Lors de son voyage à Paris, en 1602, il eu avait conféré avec M. de Bérulie, qui lui avait offert de le placer lui-même à la tête de l'œuvre ; et sa modestie avait décliné une charge dont il croyait M. de BéruUe plus digne et plus capable que personne au monde. Depuis lors, cette idée était demeurée à l'état de projet : dans le vif désir qu'il avait delà voir réalisée, l'homme de Dieu avait demandé au Saint-

» Charl.-Aug., p. 420.

* Dép, deFavre. — Charl.-Aug., p. 421.

Siège la permission de quitter au moins pour un temps son diocèse, afin d'aider à commencer un si grand bien; et, le Saint-Siège, qui sentait la nécessité de la présence d'un tel évéque dans un diocèse comme celui de Genève, n*ayantpas voulu y consentir, il ne put y contribuer que par ses vœax et ses prières : le ciel les entendit; et^ le 11 novembre de cette année 1611, M. de BéruUe commença rétablissement de cette célèbre congrégation qui a rendu de si grands services à l'Ëglise. Le saint évéque en bénit Dieu, auteur de tout bien, et écrivit à cette occasion à la bienheureuse Marie de Tlncarnation : « J'eusse désiré, plus qu'il ne se peut dire, d'être « utile à la sainte congrégation qui éclot maintenant sous la « direction de M. de Béruile; mais je ne puis en aucune façon, « Notre-Seigneur ne m'en trouvant pas digne. »

François se dédommagea du bien qu'il ne pouvait faire à Paris, en se dévouant tout entier au bon gouvernement de son diocèse. Prompt à aller partout où sa présence pouvait être utile, nous le voyons vers cette époque à Gex, où il convertit un gentilhomme hérétique et en amène plusieurs autres à confesser au moins la beauté de la foi catholique; à Thonon, où il soutient et développe le grand bien qu'il y avait commencé; au château de Sales, où il console sa belle-sœur malade, la baronne de Thorens, et relève son courage abattu. Le temps même qu'il mettait à aller d'un lieu à un autre était utilement employé. « J'atteste, dit un compagnon de sesvoya- « ges \ que tout le long delà route il nous entretenait de Dieu « et des choses du ciel, mais d'une manière si ravissante, « qu'on se rappelait involontairement l'ange Raphaël voya- « géant avec le jeune Tobie, et l'on ne pensait pas quel'en- « voyé céleste pût mieux parler.Il récitait d'abord l'itinéraire « des clercs, puis le bréviaire, ensuite le chapelet, en disant <( sur chaque grain un Pater et un Ave. Je lui demandai un « jour raison de cette méthode de réciter le chapelet. — Jele

1 Dép, de Rendu.

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