LIV. VI. — MIRACLES QU'IL OPÈRE. IH
« fais, me dit-il, en vue de remercier le Père éternel d'avoir (( choisi Marie pour être la Mère du Yerbe incarné. De là, il « prit occasion de parler des sublimes prérogatives de la Mère « de Dieu, et il en parla dans un langage si suave, que nos « cœurs étaient ravis et merveilleusement excités à la dévotion « envers la sainte Vierge. La conversation dura jusqu'à notre « arrivée à Annecy; et là, après m'avoir fait remarquer que u saint François d'Assise avait été redevable à Tintercession •< de Marie de toutes les grâces dont le ciel Tavait comblé, il « me dit en unissant : — Soyons les dignes enfants de la Mère a et du Fils, imitons les vertus de Fun et de l'autre. »
Aussi aurait-on peine à compter tous les miracles par lesquels Dieu se plaisait à manifester la sainteté de son serviteur. Un jour, une mère désolée vint à lui, tenant dans ses bras sa jeune enfant, qu'une fièvre continue, depuis trois mois, mettait en péril de mort. Il bénit la malade en disant : « Dieu vous c( guérisse, ma fille. » Et à l'instant elle fut guérie. Un autre jour, étant allé voir un malade à la dernière extrémité, sans connaissance et abandonné des médecins, il dit à sa femme, qui fondait en larmes : « Ne pleurez point; prions Dieu, votre a mari vivra. » Et pende jours après le malade était debout, parfaitement rétabli. Encouragé par ces exemples, on lui amena, au moment où il se préparait pour monter à Tautel, un jeune homme paralytique de naissance et tout contrefait; il commença par le confesser ce jour-là, et le fit communier le lendemain. Le troisième jour, après la messe, il lui imposa les mains sur les épaules, et aussitôt tous ses membres se redressèrent, reprirent si parfaitement leur état normal, que le malade put s'en retourner à pied * . Un prêtre de Rumilly, à la suite d^une fièvre ardente, était tombé dans une folie furieuse qui obligeait aie tenir renfermé pieds et mains liés; trois fois il avait rompu ses chaînes et jeté partout l'épouvante, courant
» Charl-Aiig., livre VIL — Dép.de Favre, qui était présent. — Dom Jean de Saint-François, p. 499.
112 VIE DE SAINT FRAiNÇOIS DE SALES.
à travers les champs, les bois et les montagnes. Repris pour la quatrième fois et amené dans les prisons de Tévéché, il se livrait aux excès les plus affreux, lorsque Tévéque, passanidevant la fenêtre de la prison, lappelle àlui, touche sa joueà travers les barreaux comme pour le caresser, lui dit de remercier Dieu de sa guérison, et lui faità Theure même ouvrir les portes de son cachot. L'infortuné sort plein de raison et de sens, tombe à genoux aux pieds de son libérateur et le bénit de sa santé recouvrée, qui n'éprouva plus depuis aucune altération*.
Quand le saint évêque n'était pas en voyage, il s'occupait, dans sa ville épiscopale, à tout ce qui pouvait alimenter la piété. Il cherchait les meilleurs prédicateurs pour donner des missions dans son diocèse, prêcher les stations de TAvent et du Carême, et leur enseignait la manière la plus utile d'annoncer la divine parole; il leur recommandait surtout d'éviter toute vanité dans le style, toute affectation dans les gestes ou le langage : « 11 faut, leur disait-il, prêcher Jésus cruci- « fié, mais avec un cœur plein de zèle et d*amour; c'est en « vain que le prédicateur parle ; si le feu de la charité ne le « brûle au dedans ^. » Il adressait en même temps dans le monde et dans le cloître des lettres dictées par Tespril de sagesse et de piété ; il sollicitait auprès de la reine Marie de Médicis la restitution de toutes les églises et de tous les bénéfices du pays de Gex encore occupés par les hérétiques, ainsi que le rétablissement des monastères ^.
Pendant qu'il se livrait à tous ces travaux, un sénateur de Chambéry, se présentant à l'évêché d'une manière fort incivile, vint lui apporter une lettre du sénat, qui, pour des raisons qu'on ignore, le menaçait, comme déjà il l'avait fait autrefois, de lui retrancher une portion de son temporel. Le saint prélat, insensible à ce qui ne touchait que sa personne, mais s'estimant obligé à faire respecter sa dignité, répondit à
1 Dom Jean de Saint-François, p. 500.
2 Dép, de Rendu,
5 Lettres ccxlvi®, ccxLviif , ccxlix' et ccl«.