LIV. VI. — IL PRÊCHE LE CARÊME A CHAMBÉRY. Ii
ce commissaire avec une noble fermeté, poursuivit avec force et énergie la réparation de l'injure ; et, par la puissance de ses raisons autant que par le crédit dont il jouissait à la cour de Turin, il obtint que le sénat lui fît des excuses*. Sa dignité ainsi sauvegardée, il se vengea cette fois, comme précédemment dans une circonstance analogue, en nommant à un canonicat de sa cathédrale le neveu du sénateur qui lui avait si gravement manqué, et en allant prêcher à Chambéry le Carême de cette année 1612 ^. <c Là, raconte un témoin ocu- « laire ^, il était occupé tout le jour à entendre les confes- « sions, à conférer en particulier avec ceux qui désiraient « l'entretenir, à prêcher dans les maisons religieuses, à la « Sainte-Chapelle, aux pénitentes, aux congrégations des Jéci suites, de sorte qu'il lui restait à. peine quelques moments « pour préparer la prédication plus solennelle qu il faisait de- « vant le sénat. Néanmoins il suffisait à tout, prêchait à Ta- « postolique, s*oubliant lui-même et uniquement préoccupé Ci du salut des âmes. »
Au milieu de tant d'occupations, il trouva cependant le temps d'écrire à Rome pour plusieurs graves affaires. D'abord, à la prière des syndics, il demanda au Saint-Siège d'ériger en évèché la ville de Chambéry, qui jusqu'alors avait été sous la juridiction de l'évêque de Grenoble * ; et motiva sa demande, premièrement sur l'importance de cette cité, capitale de la Savoie^ résidence du sénat et du conseil d'État et très fréquentée par les peuples voisins ; en second lieu, sur sa distance de Grenoble, sur la difficulté des communications entre les deux villes, surtout en hiver, et l'impossibilité même des rapports en toute saison, lorsque la France et la Savoie sont en guerre; troisièmement, sur l'état de suspicion et les mille entraves qu'a k subir un évêque soumis à deux souverains,
' Dom Jean de SaintrFrançois, p. 40L < Charl.-Aug., p. 423.
* Dép, deDaunant.
* Chari.-Aug.,p. 423.