LIV. VI. -- IL SOLUCITE Lk CANONISATION D'AMÉDÉE lïl
ce exaltez le nom de celui qui a sanctifié le nom de Dieu par « le zèle si actif de sa charité, et qui en a étendu la gloire par « une multitude de miracles; annoncez à toute l'assemblée <c des fidèles qui sont sur la terre que le Seigneur a glorifié « son saint dans le ciel pour nous exaucer lorsque nous récla- « merons son secours. La majesté de Dieu, qui en sera glorî* « fiée, vous le demande ; la Jérusalem céleste le désire ; la Je- « rusalem terrestre le réclame ; votre propre gloire le veut; la « famille des ducs de Savoie et toute la Savoie elle-même a vous en prient. » Pour mieux assurer le succès de sa pieuse entreprise, le saint prélat écrivit à la congrégation des Rites une autre lettre *, où il lui représente que cette canonisation réjouirait les catholiques, qui seraient aises de protester, par leurs hommages envers un nouveau bienheureux, ccyitre la doctrine impie de Calvin sur le culte et Tinvocation des saints ; qu'elle confondrait les hérétiques, qui verraient que leur acharnement contre nos croyances n*a abouti qu'à les rendre plus vives; qu'elle provoquerait dans les princes chrétiens une noble ardeur à marcher sur les traces d'un saint de leur condition; qu'enfin elle remplirait d'allégresse et couvrirait de gloire toute l'Église par le nombre et la grandeur des miracles que constaterait l'enquête préalable au décret de canonisation.
Pendant quel'évêque de Genève pressait ainsi la canonisation d'un saint, la réputation de sa propre sainteté s'étendait de plus en plus. Telle était la haute estime qu'on faisait de sa vertu, que les hérétiques eux-mêmes le prenaient pour arbitre de leurs dififérends. Un hérétique de Genève, qui avait un procès avec le comte de Saint- Albin, ayant appris le passage du saint prélat par BonnevîUe, paroisse du Faucigny, alla l'y trouver et le supplia de concilier le différend : u Eh ! « comment, lui demanda l'évêque, avez-vous confiance en « moi que les Genevois tiennent pour leur ennemi? — C'est
1 Lettre ceux'.
a répondit Thérétique, parce que je sais que vous êtes ud « homme de bien, qui ne voulez en tout que ce qui est juste. » L*évêque, ayant donc écoulé les raisons de part et d*autre, combina si bien les droits de chacun, que les deuK parties furent satisfaites de la décision ^ Deux autres avaient, avec ses propres frères, un différend pour une valeur de trois mille écus d*or : ils le prirent également pour arbitre, sans craindre rinfluence de la parenté; et son jugement fut accepté comme dicté par Téquité méme^.
En France, on ne l'estimait pas moins. Lyon et Paris, avides de le voir et de Tentendre, Tinvitèrent successivement à prêcher le Carême de l'année suivante. Il eût vivement désiré se rendre à ces invitations; mais, le duc de Savoie n^ayant point voulu y donner son agrément, il adressa aux deux villes sa réponse négative : « Vous ne pourrez que beaucoup gagner a au change, écrivit-il aux chanoines de Lyon ^, si on a égard « à la suffisance, puisqu'en cela je suis inférieur à tous les « prédicateurs qui hantent les bonnes villes et montent es « grandes chaires comme la vôtre; mais; quant à raffeclion « de vous rendre du service et du contentement, je pense que « malaisément vous éviterez d'y perdre, puisqu'en vérité j'ai « le cœur tout plein d'amour et de révérence pour vous et « d'ardeur et de zèle pour l'avancement de la vraie piété en « votre ville. » — « Dieu sait bien, écrivit-il à son ami Des- « bayes, qui l'avait invité pour Paris *, que je préparais un « cœur tout nouveau, plus grand, ce me semble, que le mien i< ordinaire, pour aller là prononcer ses saintes et divines pa- « rôles, premièrement pour, en une si belle et si digne occa- « sion, rendre de la gloire à sa divine majesté, puis pour con- « tenter celui qui m'appelait avec tant de cœur; et je me (c promettais, par un certain excès d'amour, que, prêchant
' Dép. de Michel Favre.
2 Dép. de Vautier,
3 Lettre cclx*.
* Lettre ccLxvf .