‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 55 sur 292 · L. VI. — DU POUVOIR DU PAPE SUR LE TEMPOREL DES ROIS · texte numérisé non relu

L. VI. — DU POUVOIR DU PAPE SUR LE TEMPOREL DES ROIS

« au dedans du corps de TÉglise. La pauvre mère poule, qui, (c comme ses petits poussins, nous tient dessous ses ailes, « a bien assez de peine à nous défendre du milan, sans que <c nous nous enlre-becquetions les uns les autres et que nous « lui donnions des entorses. Enfin, quand les rois et les « princes auront une mauvaise impression de leur père spi- « rituel comme s'il voulait leur arracher leur autorité, que « Dieu, souverain père, prince et roi de tous, leur a donnée, « qu*en adviendra-t-il, qu'une très dangereuse aversion des « cœurs? et, quand ils croiront qu*en agissant contre eux il « trahit ses devoirs, ne seront- ils pas grandement tentés d'ou- « blier les leurs? Je n'ai pas voulu remarquer dans votre « ouvrage tout plein de choses qui me semblent devoir être « extrêmement adoucies, et me suis contenté de vous dire « ainsi en gros mon petit sentiment et, pour parler plus u naïvement, mon grand sentiment pour ce regard. Mainte- « nant, Monsieur, ne direz-vous point que je vous parle trop « franchement? Voilà pourtant comme je traite avec ceux « qui veulent que je contracte une entière amitié avec eux. « Ah ! je sais, je crois, je jure partout que vous aimez l'Église, a que vous êtes constamment son enfant assuré ; mais le zèle « de Fautorité temporelle, que vous avez si longuement et si « heureusement possédée, vous a poussé un peu trop avant. « Vive Dieu! Monsieur, je vous chéris avec cela de tout mon « cœur.

Non senlire bonos eadein de rebus iisdem Incolumi licuit semper amicitia ^

*< Je ne sais point user de modération en l^amitié ni presque (( en rien qui en dépende. »

Cette remarquable lettre n'est pas la seule où François se soit expliqué sur ces matières. Une dame demi-savante, qui

1 C'est-à-dire : - Les gens de bien, tout en pensant différemment, n'en demeurent pas moins toujours amis. »

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se mêlait de raisonner sur des questions si peu de sa compétence, le consulta à ce siget; et il répondit par une nouvelle lettre où brillent encore mieux son bon sens et son esprit solide, son tendre amour pour TÉglise et son dévouement au Saint-Siège, enfin ce tact parfait qui, sous les dehors de la plus grande simplicité, présente dans toute leur force les arguments moraux de sa thèse, les seuls & la portée de la personne à qui il 8*adresse ^ .

« Ayez agréable, lui écrit-il, que je vous parle comme le « grand saint Grégoire à une dame qui voulait obtenir de lui « la connaissance de ce qu'elle devait devenir; il lui disait : « Vous demandez de moi une chose également difficile et « inutile; je vous en dis autant par rapport à la question que « vous me faites : Quelle est t autorité du Pape sur le temporel « des royaumes? Vous demandez de moi une solution égalece ment difficile et inutile : difficile, non pas certes en elle- (t même : car, au contraire, elle est fort aisée à rencontrer « aux esprits qui la cherchent par le chemin de la charité, « mais difficile en cet âge qui redonde en cervelles chaudes, « aiguës et contentieuses. 11 est malaisé de dire des choses « qui n'offensent ceux qui, faisant les bons valets, soit du « Pape, soit des princes, ne veulent pas que jamais on sV- « rôle hors des extrémités, ne regardant point qu'on ne sauce rait faire pis pour un père que de lui 6ter l'amour de ses « enfants, ni pour les enfants que de leur 6ter le respect qu'ils « doivent à leur père. Je dis en second lieu inutile, parce que « le Pape, par le fait, ne demande rien aujourd'hui aux rois « et aux princes pour ce regard. Il les aime tous tendrement, « il souhaite la fermeté et la stabilité de leur couronne; il vil (( doucement et amiablement avec eux, et ne fait presque « rien dans leurs États, même en ce qui regarde les choses « purement ecclésiastiques, qu'avec leur agrément. Qu'est-il « donc besoin de s'empresser à Texamen de son autorité sur

ï Lettre dcccxiii*.

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