‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 56 sur 292 · L. VI. — DU POUVOIR DU PAPE SUR LE TEMPOREL DES ROIS · texte numérisé non relu

L. VI. — DU POUVOIR DU PAPE SUR LE TEMPOREL DES ROIS

a les choses temporelles, et par là d*oavrir la porte à la c< dissension et à la discorde!... A quel propos nous imaginer « des prétentions pour nous porter à des contentions contre « celui que nous devons filialement chérir, honorer et res- « pecter comme notre vrai père et pasteur spirituel? J'ai « une douleur extrême au cœur, que cette dispute de Tau- « torité du Pape soit le jouet et le sujet de parlerie parmi « tant de gens, qui, peu capables de la résoudre, au lieu « de Téclaircir, la troublent; au lieu de la décider, la déchi- « rent; et, ce qui est pis, en la troublant troublent la paix de « plusieurs âmes; en la déchirant déchirent la très sainte « unanimité des catholiques, et les détournent d'autant de « penser à la conversion des hérétiques... Contre tous ces « vains discours, voici les retranchements où vous retirerez « votre esprit à l'abri : le Pape est le souverain pasteur et « père spirituel des chrétiens, parce qu'il est le suprême « vicaire de Jésus-Christ en terre ; partant, il a l'ordinaire « souveraine autorité spirituelle sur tous les chrétiens, em- « pereurs, rois, princes et autres, qui lui doivent non seule- « ment amour, honneur, révérence et respect, mais aussi aide, « secours et assistance envers et contre tous ceux qui l'of- « fensent, lui ou l'Église en cette autorité spirituelle et en <* l'administration d'icelle. Comme par droit naturel, divin et (t humain, chacun peut employer ses forces et celles de ses u alliés contre l'injuste agresseur et offenseur; aussi l'Église « ou le Pape (car c'est tout un) peut employer ses forces et « celles des princes chrétiens, ses enfants spirituels, pour la « juste défense des droits de l'Église contre tous ceux qui les « voudraient violer et détruire. Et d'aulant que les chrétiens, <« princes et autres sont alliés au Pape et à l'Église, non d'une « simple alliance ordinaire mais de l'alliance la plus puis- « santé en obligation, la plus excellente en dignité, qui puisse « être; comme le Pape et les autres prélats de FÉglise sont a obligés de donner leur vie et de subir la mort pour donner « la nourriture spirituelle aux rois et royaumes chrétiens,

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<( ainsi les rois et les royaumes sont tenus de maintenir, au « péril de leur vie et de leurs États, le Pape et TÉglise. Obli- <( galion invariable qui s'étend jusqu'à la mort inclusivement; « obligation naturelle, divine et humaine, par laquelle le « Pape et TÉglise doivent leurs forces spirituelles aux rpis et « aux royaumes, et les rois leurs forces temporelles au Pape et et à rÉglise. Car les pères sontaux enfants et les enfants aux « pères; les rois et les princes ont bien une souveraineté na- « turelle, mais le Pape et TËglise n'y prétendent rien : le « Pape est très souverain pasteur et père spirituel; le roi <( est très souverain prince et seigneur temporel ; l'autorité de « l'un n'est point contraire à l'autre, mais elles s'entre-portent « l'une l'autre. »

Ainsi François de Sales^ si ferme pour tout ce que la foi et la charité commandent de dévouement au Saint-Siège, voulait pour le bien de la paix le silence réciproque des hommes de l'Église et de ceux de l'Ëtat sur les questions en dehors de la foi, qu'on ne peut presque jamais traiter sans en faire jaillir la dissension et mille autres inconvénients, vrais volcans d'où sort, si on les remue, le feu de la discorde. 11 répétait souvent les paroles de TApôtre : Pacem habete, et Deus pacis et dilectionis erit vobiscum ^ : « Que la <( diversité des opinions et des intérêts n'altère point votre « paix, si vous voulez que le Dieu de paix et d'amour demeure « avec vous. »

Et, sachant qu'il est en tout temps, à travers le monde, ce^ tains esprits superbes, remplis d'eux-mêmes, qui n'aspirent qu'à se faire remarquer en pensant autrement que les autres, qui se font un plaisir de tout bouleverser, pourvu que leur gloire jaillisse du milieu des ruines, il ne redoutait rien tant que de voir soulever des questions à l'aide desquelles ces génies brouillons troubleraient la tranquillité si nécessaire au bien de la religion et de l'Kglise. C'est ce qu'il développe admi-

1 II Cor. y XIII, 11.

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