‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 57 sur 292 · L M. — DU POUVOIR DU PAPE SUR LE TEMPOREL DES ROIS · texte numérisé non relu

L M. — DU POUVOIR DU PAPE SUR LE TEMPOREL DES ROIS

rabiement dans un mémoire, en date du 2 juin de cette année 16i2, adressé au cardinal Scipion Caffarelli Borghèse, mémoire qui nous révèle combien son âme se préoccupait des maux de TÉglise , combien il en avait étudié les remèdes, et quels expédients, dignes du plus habile diplomate, sa sagesse avait découverts pour venir à bout de tout pacifier. « Il est « évident, écrit-il au cardinal*, que la plus grande partie des « parlements, des ministres d'Ëtat et des catholiques de <« France se rangent surces questions du parti qui estle moins « favorable, ou, pour mieux dire, le plus contraire à l'autorité « papale, croyant par là faire l'avantage de Tautorité; et, si « les choses vont plus avant, il est à craindre qu'il ne s'en- « suive une perte considérable et une déplorable division dans « ce royaume : d'autant plus que, le roi devant prendre dans c< trois ou quatre ans le gouvernement des affaires, il sera « aisé à ceux de la faction contraire à l'autorité du Saint-Siège « de le tourner de leur c6té; les hommes ayant, principale- « ment dans le temps où nous nous trouvons, un si grand « penchant pour l'autorité indépendante, inclination qui est « encore plus forte et plus dominante dans les jeunes gens, « comme étant naturellement hardis ettéméraires, quoiqu'on «< doive juger que le roi a des sentiments très bons et très or- « thodoxes. »

En lisant ces paroles, qui n'admirerait la perspicacité de 1 evéque de Genève, devinant la lutte entre la royauté et la papauté qui, se préparant sous Louis XIII, éclata sous Louis XIY, au grand détriment de la rehgion, lutte déplorable dont le contre-coup a retenti dans les siècles suivants, et afflige parfois encore aujourd'hui les oreilles catholiques?

* Ce mémoire, (^crit en italien, fut découvert dans le siècle dernier par M. Joseph-Louis-Dominique de Cambis, marquis de Villeron, dans un recueil manuscrit de plusieurs pièces fugitives dont il avait fait Tacquisition; et on n'osa pas alors le publier, de peur de provoquer Tanimadversion des parlements, qui n^auraient pas admis la loi du silence, tant recommandée par saint François de Sales sur ces matières {Voyez le manusci-it de M. de Cambis, t. II, p. 321.)

« Cette idée de secouer tout joug, continue Tauteur du mé- « moire, étant un mal très contagieux, passerait ensuite in- (( sensiblement d'un royaume à un autre, comme on Ta vu i( en choses semblables, d*oii il parait qu'il y a grand danger <( dans les circonstances.

<( Il ne semble pas que ce soit un remède de faire discuter a la question par de savants théologiens, attendu que plus la « dispute sera animée, plus les esprits s'aigriront et la divi- « sion grandira : car, outre que les raisons des adversaires a flatteraient l'oreille des grands, non parce qu'elles seraient « vraies, mais parce qu'elles seraient plus conformes à leur « intention, il ne manquera pas de théologiens qui, pour di- « verses considérations, prendront parti contre.

« Le moyen le plus efficace serait donc de traiter amiable- « ment avec la reine, pendant qu'elle a encore le gouverne- « ment en main, et avec son conseil, en lui représentant que, c( ne s'étant jamais élevé le moindre différend entre Sa Sain- « teté et Sa Majesté, et au contraire notre Saint-Père ayant « en toute occasion montré un cœur vraiment paternel et « empressé pour le bien, la prospérité et la grandeur de cette « couronne, on voit avec douleur que certains esprits in- « quiets, pointilleux et ennemis de la sainte union qui règne « entre Sa Sainteté et Sa Majesté, viennent imprudemment « mettre en doute si Sa Sainteté a pour cette couronne un « véritable attachement; qu'en agitant ces inutiles questions « il se forme dans les :îsprits faibles une défiance f&cheusede « la sincère affection de notre Saint-Père envers Sa Majesté « et son royaume ; qu'en conséquence on supplie Sa Majesté « d'imposer silence à ces téméraires et séditieuses disputes; « comme Sa Sainteté, de son côté, l'imposera à de telles ques- « tions partout où il conviendra de le faire; d'autant plus « que ces contestations, inutiles entre catholiques, sont très « dangereuses à l'égard des hérétiques, qui font trophée de « nos divisions, et que la continuation de la dispute, au lieu « d'éteindre le feu, l'allume toujours plus.

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