DE PLUSIEURS POSSÉDÉS. — TRAVAUX DANS LE PAYS DE GEX
Année l«IS
François de Sales, tout en travaillant sans relâche au dehors et au dedans de son diocèse, ne manquait point de dispenser la parole sainte partout où il en trouvait l'occasion. Un jour qu'il prêchait dans l'église Saint-Dominique, sur la communion spirituelle, et cherchait à embraser ses auditeurs d'un ^nd désir de s*unir à Jésus-Christ anéanti pour eux dans le sacrement de Tautel, il s*écria avec un saint transport : c< Ah I « qne tout le monde meure, s'il ne veut vivre en Jésus-Christ « et pour sa gloire! » Et, comme il répétait ce cri plusieurs fois, et chaque fois avec une ferveur nouvelle, un pécheur public, touché de ces accents si apostoliques, se lève tout à coup, demande à haute voix, en se frappant la poitrine, pardon au ciel et à la terre de sa vie scandaleuse, et prie le saint apôtre de le réconcilier avec Dieu. Douze hérétiques, qu'il préparait depuis longtemps en particulier, viennent aussitôt après prononcer leur abjuration entre ses mains; et, bénissant Dieu de cette double grâce, il emmène à sa table tous les nouveaux convertis. « Jésus-Christ, leur dit-il, alla au festin « avec joie, après avoir converti Matthieu, qui était publîcain « et pécheur public. Allons aussi dîner joyeusement au nom « et à l'exemple de ce Sauveur adorable. » On se met à table, et la joie de son cœur ravonne sur son visage. « Monseigneur,
« lui demanda-t-on, qui vous fait plus de plaisir, ou du pé- « cheur revenu à la vertu ou des douze hérétiques revenus à « rÉglise? — Je me réjouis, répondit-il, du retour des uns « et des autres; mais la conversion des hérétiques m'est un « plus grand sujet de consolation, parce qu ils reviennent de a plus loin, puisqulls n'avaient pas encore dans le cœur la (c vraie foi, qui est le commencement du salut ^ »
Malgré les consolations dont le ciel couronnait son zèle dans Annecy, François crut que la volonté de Dieu rappelait à faire un grand voyage hors de son diocèse. Lors de la maladie de madame de Chantai, il s'était engagé par vœu, pour obtenir sa guérison, à faire un pèlerinage au tombeau de saint Charles, à Milan ; il voulait, de plus, aller à Turin, d Sabord pour recommander au duc de Savoie Tinstilut de la Tisitation et le prier d'en favoriser les établissements qu'on espérait former bientôt; en second lieu, pour obtenir de Son Altesse l'autorisation de confier à des Religieux habiles le collège d'Annecy, que les laïques qui le dirigeaient avaient laissé tomber dans une complète décadence; enfin, pour prendre la défense d'un grand nombre de gentilshommes accusés injustement de la mort du secrétaire du duc de Nemours, qui venait d'être assassiné dans le bois de Sonnaz, près d'Annecy. Pressé par toutes ces raisons, si dignes d'un cœur comme lesien, il partit d'Annecy le 15 avril, accompagné de plusieurs ecclésiastiques et de quelques pieux laïques. Rien de plus édifiant que ce voyage : le saint évéque faisait faire à ses compagnons de route la prière en commun, leur donnait chaque matin les points de méditation, et fréquemment pendant la journée il les animait à la ferveur par les discours les plus louchants. « Durant le chemin, raconte le marquis de Lullin, qui Tac- « compagnait, ses actions et ses paroles célestes imprimaient « dans mon cœur un sentiment d'estime et de respect que je (c ne puis exprimer. Il m'exhortait avec une suavité forte et
* Année de la Visitation, 12 féviùer.