‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 6 sur 292 · LIV. Y. — DIHECTION DE MADAME DE CHANTAL · texte numérisé non relu

LIV. Y. — DIHECTION DE MADAME DE CHANTAL

lout ce qui Tenloure, en même temps qu'elle prépare la personne qui la cultive au bonheur de la vie future ^

Cependant les tentations contre la foi ne cessaient d'importuner madame de Chantai : « Vous pensez trop à vos tenta- « tions,luiécrivitsonsage consolateur^, vous les appréhendez « trop : elles ne vous feraient aucun mal si vous n'y réfléchis- « siez pas. Vous aimez la foi, vous ne voudriez pas qu'une « seule pensée vous vînt contre elle, et, dès qu'il vous en sur- « vient une, vous vous attristez et vous vous troublez. Croyezu moi, ne craignez point ces tentations, passez outre; les ten- « tations ne sauraient souiller un cœur qui ne les aime pas. « Laissez Tennemî gronder et frémir à la porte tant qu'il « voudra; pour vous, vivez au dedans avec Jésus et Marie. Saint « Paul a souffert d'horribles tentations; Dieu ne voulut pas les « lui ôter; ce fut par amour. Que Dieu aussi nous tourne et « nous vire à gauche ou à droite, comme il lui plaira; qu'il « nous fasse mille maux, nous ne le quitterons point. Nous « trouverons les roses de la charité parmi les épines des afflic- « tions intérieures et extérieures. Oh! que j'aime trois petites « vertus qui se cueillent dans les vallées de nos misères : la « douceur de cœur, la pauvreté d'esprit, la simplicité de vie, « et les exercices, vils en apparence, de la visite des malades, « du service des pauvres, de la consolation des affligés ! Nous « n'avons pas les bras assez longs pour atteindre aux cèdres « du Liban^ contentons-nous de l'hysope des vallons*. »

Sur ces entrefaites, madame de Chantai se trouva en butte à une épreuve capable de séduire une âme moins forte que la sienne. Un riche seigneur, charmé de toutes ses belles qualités, de sa vertu douce et aimable, de la grâce de son esprit et de la bonté de son cœur, demanda sa main au président Frémiot, en offrant en même temps de marier ses deux fils aux deux filles de madame de Chantai. Ces trois établisse-

ï Mémoires de la mère de Chavgy, p. 0*2.

2 Lettre Lxxxie.

3 Lettre lxxxii».

14 VIE DE SAINT FHAxXÇOlS DE SALES.

ments ensemble parurent une bonne fortune au président : il proposa la chose à sa fille et fit agir auprès cOUe tous ses autres parents, également éblouis des grands avantages de cette triple alliance. La pieuse veuve eut donc à combattre loat à la fois et les poursuites du seigneur qui la recherchait, et Tautorité de son père qu'elle aimait si tendrement, et les sollicitations de sa famille, et sa tendresse pour ses enfants : ce fut pour elle un martyre affreux. « Tant que je pouvais, ditce elle, je me tenais serrée à Tarbre de la croix, de crainte <( que tant de voix séduisantes n'endormissent mon cœur en « quelque complaisance et condescendance vaine. »

François de Sales, informé de la crise où elle se trouvait, s'empressa de l'encourager par sa puissante parole : « Qui (( sont ces téméraires, lui écrivit-il S qui veulent briser les « blanches colonnes de notre sacré tabernacle? » (Il appelait ainsi le vœu de chasteté et le vœu de tendre toujours à la perfection, qui étaient comme les colonnes du tabernacle qu'il voulait élever au Seigneur par l'institut religieux qu'il méditait.) « Ne craignent-ils point les chérubins qui se tiennent « deçà et delà et le couvrent sous l'onibre de leurs ailes? « Peut-être il s'est passé un peu de vanité, un peu de com- « plaisance, un peu de je ne sais quoi : cela n'est rien à un « ferme courage. Nos colonnes sont bien fondées ; un peu de « vent ne les aura pas ébranlées. Mais il faut couper court et <( trancher net en ces occasions, ne point amuser des cha- « lands, mais les renvoyer ailleurs. Comment ne voient-ils pas u que nous avons 6té l'enseigne? Notre corps n'est plus nôtre : « le grand roi Jésus l'a choisi pour son siège. »

Madame de Chantai entra si pleinement dans les vues de son saint directeur, qu'il n'eut plus qu'à modérer le désir qui la pressait de quitter le monde, en façonnant son cœur à ne vouloir que ce que Dieu veut, quand il lèvent et comme il le veut, sans se laisser jamais aller à un empressement humain.

1 Lettre xcii*.

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