‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 64 sur 292 · LIV. VI. — SON RETOUR A ANNECY · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SON RETOUR A ANNECY

a Paul : Je viens d'honorer les vestiges de la sainteté d'un i< grand serviteur de Dieu, près duquel je ne suis qu'une « ombre et un fantôme d'évôque, indigne de baiser la trace « de ses pieds * . »

Reprenant aussitôt en main le gouvernement de son diocèse, sans se permettre un jour de repos après ce long voyage, il se trouva, comme auparavant, accablé de travaux qui l'obligeaient à sacrifier jusqu'à la jouissance la plus chère pour un esprit comme le sien, celle de l'étude. « Je suis, écrivait-il, à « un de ses amis^ dans un continuel tracas, que la variété « des affaires de ce diocèse me produit incessamment, sans « que j'aie un seul jour auquel je puisse voir mes pauvres « livres que j'ai tant aimés autrefois, et que je n'ose plus « aimer maintenant pour ne pas me rendre plus pénible le « divorce que j'ai fait avec eux. »

Parmi les personnes dont les visites absorbaient la plus grande partie du temps du saint évéque, se trouvèrent un jour des parents éloignés d'un curé mort naguère dans les montagnes du Faucigny. D'après la jurisprudence d'aiors, lorsqu'un curé mourait sans héritiers reconnus par la loi ou institués par testament, ses biens, quels qu'ils fussent, revenaient de droit à l'évèque. Affligés de se voir enlever un héritage sur lequel ils comptaient, ces parents s'étaient adressés d'abord au surintendant de l'évéché, Georges Rolland, le priant de prendre en considération leur pauvreté et d'engager son maître à se désister de ses droits, moyennant la somme de vingt ducatons ou soixante-dix-neuf francs de notre monnaie', qu'ils lui offraient en dédommagement. Le surintendant, regardant une offre si minime comme une impertinence (car l'héritage valait dix fois plus), les avait renvoyés sans vouloir les entendre davantage. Eux , alors, espérant mieux de la charité du maître que de celle du sen^iteur, vinrent

' Année de la Visitation, 25 mai.

• Lettre ccLxxxn-*.

* Le ducaton valait 3 fr. 45 cent, de notre monnaie.

trouver l'évêque; et, après Texposé exagéré de leur pauvreté, après le récit du refus que leur avait opposé Georges Rolland, ils lui réitérèreut Toffre de vingt ducatons. François accepta aussitôt un échange si défavorable, leur fit, par acte sous seing privé, abandon de tout l'héritage, et, prenant gaiement les vingt ducatons : « Voilà, leur dit-il, qui sera bon « pour mes pauvres. » Le surintendant n'eut pas plus tôt appris le fait, qu'il vint, fort courroucé, trouver son maître et lui reprocher avec amertume l'embarras où il allait le mettre pour fournir à la dépense de la maison : « Eh ! mon ami, re- (( prit François avec un aimable sourire^ si ce bon prêtre ne « fût pas mort, n'aurions-nous pas eu de quoi vivre? Mais a consolez-vous, mon cher Rolland, je n'y reviendrai plus. « Quant aux vingt ducatons, les pauvres en sont déjà saisis. » Sur ces entrefaites, un ami étant survenu et lui ayant témoigné sa surprise de voir sortir le surintendant en si mauvaise humeur : « C'est, lui dit François, que j'ai fait une fri- « ponnerie à M. Rolland; il comptait toucher une somme « considérable de quelques biens tombés en déshérence; <f je l'ai touchée sans qu'il en sût rien, et je l'ai distri- « buée aux pauvres. Dieu nous garde d'un plus grand i< mal * ! »

La colère de Rolland fut de courte durée : plusieurs maiheureux ayant été amenés à l'évêché pour être guéris de leur maladie, que l'on croyait généralement être une possession du malin esprit, le saint évéque les regarda tout pensif, sans rien dire. Rolland, surpris de ce silence, le pria de leur parler et de les guérir. » Ah! dit François en souriant, je suis « bien aise que M. Rolland m'apprenne à faire des miracles. » Puis il leur parla avec sa piété accoutumée, les bénit, et ils furent aussitôt parfaitement sains et calmes. Il en fit de même, quelques jours après^ à dix autres infortunés que le démon tourmentait d'une manière horrible : après les avoir confessés

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