LIV. VI. — SON VOYAGE A LYON
suscilaienl à Achmet P% empereur des Turcs, la guerre de Perse et les dissensions civiles de ses États, pour reconquérir la partie de la Hongrie dont s'étaient emparés ces fiers musulmans^ alors si redoutés; et, comme il avait besoin pour cette expédition du concours des princes de Tempire, et que la révolte de Genève contre son évéque ne pouvait lui faire méconnaître en François de Sales ce titre toujours porté pat ses prédécesseurs, il lui adressa, ainsi qu'aux autres princes, une lettre de convocation. Le messager, selon Tancien usage, et pour protester contre l'expulsion inique de Tévêque , avait ordre de se rendre à Genève , de mettre pied à terre devant le palais épiscopal, de frapper à la porte, de demander à parler à l'évéque de la part de Sa Majesté Impériale; et, sur la réponse qu'on lui ferait, de prendre acte de son message et d'aller porter la lettre à Annecy. Ce messager accomplit sa mission avec exactitude, et l'évoque répondit peu après à l'empereur * qu'il serait flatté de pouvoir se rendre à son invitation , mais que l'état où l'avaient réduit les hérétiques ne lui laissait d'autre moyen que la prière pour venir en aide à Sa Majesté. Il renonça donc au voyage proposé, et il ej fit un autre qui revenait mieux à son cœur.
M. de Marquemont, dès son avènement au siège de Lyon, lavait invité, par lettre^, à lier avec lui une sainte amitié sur le modèle des anciens évéques, qui, par des rapports fréquents et intimes, par une communication réciproque de pensées et de vues avec leurs voisins, s'entr'aidaient à porter la charge pastorale et à en remplir parfaitement tous les devoirs. Il lui avait même annoncé sa visite prochaine comme à son ancien dans Tépiscopat; mais François estima quç le dernier des évéques de Savoie (c'était ainsi qu'il s'appelait) ne devait pas se laisser prévenir parle premier des évéques de France; et, en conséquence, il se mit en route pour Lyon. L'archevêque n'eut
* Lettre cccxxii*.
' Lettre cccLxii*.
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pas plus tôt appris rapproche du saint prélat, qu'il s'empressa d'aller au-devant de lui avec sa voilure assez loin hore des murs, accompagné des principaux de la ville ; et il le reçut avec tous les témoignages de la vénération, l'appelant publiquement rhonneur et la couronne des évéques. Toute la ville s'associa à cette démonstration; et François, pendant son séjour en celte florissante cilé, prouva combien il en était digne. Il prêcha, le jour de Saint-Pierre, dans la cathédrale; les jours suivants, il conféra longuement avec l'archevêque de l'établissement d'une maison de la Visitation, que ce grand prélat désirait fonder dans sa ville ; il accueillit les personnes pieuses qui désiraient l'entretenir, et au bout de huit jours, voyant qu'il ne lui reslait plus rien à faire pour la gloire de Dieu, il reprit la route d'Annecy, emportant l'estime de tous et la tendre amitié de l'archevêque, avec la consolation d'avoir tout disposé pour la fondation d une colonie de son institut; ce qu'il exécuta, en efl'el, sept mois plus tard, quand tous les préparatifs furent entièrement terminés, comme nous l'avons dit ailleurs.
Peu après son retour de Lyon, le i" décembre, François se remit en voyage, et partit pour Sion, capitale du Valais, afin d'y assisler à la consécration du nouvel évêque que le Saint- Siège venait d'y nommer. Il avait élé en rapport d'amitié et en commerce de lettres avec le prédécesseur, Adrien de llicdmartin, prélat très zélé qui avait introduit les Capucins à Saint-Maurice, les Jésuites dans le haut Valais, et avait défendu d'envoyer les enfants aux écoles protestantes. Dès la première nouvelle de la nomination d^Hildebrand Josse à ce siège, il s'était empressé de lui adresser une de ces lettres qui, partant du cœur de celui qui les écrit, vont droit au cœur de celui qui les reçoit : « Nous n'avons pas plus tôt appris, lui disaîl-il, « votre promotion et vos qualités éminentes, que la tristesse « que nous ressentions de la mort de votre prédécesseur s'est « changée en joie et nos chants de douleur en chants d'allé- « gresse : nous avons rendu à Dieu nos actions de grâces de ce « qu'il n'avait pas permis que sa lampe fût éteinte en Jéru-