‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 71 sur 292 · LIV. VI. — SON DÉVOUEMENT AU DUC DE SAVOIE, iol · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SON DÉVOUEMENT AU DUC DE SAVOIE, iol

lèrent plusieurs hérétiques; d'autant plus que c'étaient là pour eux des vérités tout à fait neuves, les lois civiles ne permettant de traiter en chaire aucun sujet de controverse. Aussi, lorsqu'il sortait en ville, tous se mettaient aux portes pour le voir; tous le proclamaient un saint, et les mères s'empressaient de lui faire bénir leurs petits enfants ^ Ces instructions terminées, le saint évêque partit de Sion et s'en revint à Annecy.

Il y trouva une lettre du duc de Savoie, qui, pour soutenir les guerres continuelles où le jetait le désir ambitieux d*étendresa domination, demandait à tous lesévéques de ses États, en vertu d'un bref qu'il avait obtenu du Pape, une levée d'impôts sur tous les biens ecclésiastiques, proportionnellement aux revenus des bénéfices. Le saint évêque, en conséquence, fit assembler tous les bénéficiers de son diocèse et les exhorta à répondre aux vœux réunis du prince et du Souverain Pontife : « Mes frères, leur dit-il ^, il ne nous est pas « loisible de gloser là-dessus ; le souverain magistrat spirituel « et le souverain magistrat temporel parlent clairement; il « faut obéir. )> Malgré cet avis, trouvant dans ses prêtres, dont la pauvreté d'ailleurs lui était bien connue, des dispositions peu favorables à sa demande, il joignit aux paroles la prédication de l'exemple en s'imposant lui-même pour une somme qui dépassait incomparablement la proportion de ses revenus. Ce langage d'exemple fut plus éloquent que tous les discours; et de tous les assistants il ne s'en trouva pas un seul qui n'eût honte de son refus et ne votât sans se plaindre les subsides demandés ^.

Autant François savait se prêter aux désirs de ses princes, autant il savait se roidir et se montrer ferme, même contre eux, quand il le fallait. Des ennemis secrets de sa maison pré-

1 l)ép, du sieur de Charmowj, de François Favre, qui raccompagnaient, â Le P. la Rivière, p. 421.

^ Flstjmt (l^aaint Frariçoisde Sahs, V® part.,soct. xii

vinrent par d'odieuses calomnies Fesprit du duc de Nemours contre lui et contre ses deux frères Bernard et Janus de Sales. Des préventions le prince passa jusqu'à Taigreur, et de Taigreur jusqu'à l'indignation; enfin les choses en vinrent à ce point, que Tévêque crut devoir, en attendant Toccasion de se justifier, se retirer avec ses deux frères au château de Sales. Mais, au carême, ramené à Annecy par le sentiment du devoir, et trouvant alors les esprits plus envenimés que jamais, il crut que le temps de se taire était passé. Il écrivit donc aa duc de Nemours une lettre digne des Basile et des Ambroise, où se révèlent la fermeté d'un apôtre, la sainte liberté d'un évoque ^

« Les Papes et les princes, lui dit-il, ont des cours de jus- « tice, où ils renvoient les accusations afin qu'on les examine <( à fond, et que par l'audition des parties et des témoins on u puisse discerner de quel côté est la vérité ou le mensonge : « c'est là une marche qu'ils sont tenus de suivre sous peine <( de damnation éternelle; autrement il n'y aurait plus de juste tice sur la terre. Vous avez reçu des accusations contre mes « frères, vous avez bien fait de les entendre; mais, si vous « les avez crues, vous me pardonnerez, à moi qui suis non « seulement votre fidèle serviteur, mais votre affectionné, « quoique indigne pasteur, de vous dire que vous avez ofu fensé Dieu et que vous êtes obligé de vous en repentir, lors « même que les accusations seraient véritables : car nulle « parole contre le prochain ne doit être crue avant d'être (c prouvée, et elle ne peut être prouvée que par l'examen et <( l'audition des parties. Quiconque vous parle autrement, « monseigneur, trahit votre âme. Quelque dignes de foi que « soient les accusateurs, toujours faut-il que les accusés soient « admis à se défendre : les hommes les plus dignes de croyance « peuvent se tromper, ou être portés par quelques motifs hu- « mains à tromper. »

1 Lettre cccxxir.

Page 1