LIV. VI. — IL DÉFEND SES FRÈRES INJUSTEMENT ACCUSÉS
Cette lettre écrite, le saint évêqae, toujours prudent et craignant de mêler à la fermeté épiscopale l'inspiration du mécontentement, crut devoir, avant de l'envoyer, en adresser un double à son ami le président Favre, pour lui demander son avis. « L'irritation du prince, dit-il dans la lettre « d'envoi ^ , m'est insupportable, à moi qui lui suis si dévoué « et qui ai autrefois si délicieusement goûté sa bonté. Tant « de gens tuent, assassinent, et trouvent un refuge dans sa « clémence; mes frères ne font de mal à personne et sont actf câblés de ses rigueurs. On nous demande quel mal on nous « fait; mais nous ravir les bonnes grâces de nos princes, c'est « nous ravir le plus précieux de tous les biens. Le duc croit « tous les rapports qu'on lui fait, et il s'en indigne. On fait « un crime de m'aimer... Mais taisons-nous... un jour viendra « que m'aimer ne sera plus un reproche pour personne. » Le président approuva la lettre, et elle fut envoyée. Peu à peu l'orage se calma, la lumière se fit dans l'esprit du prince, qui finit par rendre ses bonnes grâces à une famille si dévouée.
La feraieté épiscopale du saint évèque ne fut pas moins remarquable dans un différend qu'il eut avec les habitants de SeysseU Cette paroisse était dans l'usage de payer la dîme au chapitre de Genève, lorsqu'un jour ses habitants se mirent en tète de la remplacer par trente gerbes de blé et soixante charges de vin, qui n'en étaient qu'une représentation bien inégale. François, affligé de cette iigustice qui blessait les droits de son chapitre déjà pauvre jusqu'à manquer du nécessaire, essaya toutes les voies de la douceur et de la conciliation pour ramener à la raison des gens égarés par la cupidité. Ce fut en pure perte; plus il leur parla d'accommodement, plus ils s'opiniâtrèrent. Il fit des ordonnances, il porta des censures ; ils n'en tinrent aucun compte. Il leur envoya un de ses prêtres les plus recommandables par le talent et la
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vertu, M. Roges, vicaire général et officiai du diocèse; les femmes, « ce sexe facile à s'émouvoir, » observe le saint évêque, s'ameutèrent contre l'envoyé, voulurent le jeter dans le Rhône, et ce bon prêtre n'échappa qu'avec peine à leur fureur. Voyant alors tous ses efforts inutiles, François crut devoir recourir à l'autorité séculière pour soumettre par la force ces esprits indociles et rebelles. « Je m'afûigerais, écri- <c vit-il à ce sujet au président du parlement de Bourgogne ^ « si cette violence n'était réprimée, car elle croîtrait tous les « jours davantage; et je m'affligerai encore si on la réprime, « car ces rebelles sont mes diocésains et mes enfants spiri- « tuels. Toutefois je pense qu'il faut sévir, parce que les en- « fants auxquels. les remontrances sont inutiles ont besoin « d'être châtiés pour se corriger, et il vaut mieux que je « pleure sur leur affliction temporelle que sur leur perte éte^ « nelle. Cette insolence est trop publique pour être dissimulée, « trop fâcheuse pourètre impunie, trop dangereuse pour n'être « pas réprimée : m'en remettant néanmoins à votre prudence, « je vous supplie de faire en sorte que mon Église conserve « ses droits et que ces gens-là fassent leur devoir. »
François n'avait pas moins à soufl'rir de l'injustice des hommes dans la collation des bénéfices, Un gentilhomme, fier de sa haute noblesse, étant venu un jour lui demander une cure vacante pour un ecclésiastique qu'il protégeait, il lui répondit qu'il s'était imposé la loi de ne donner les bénéfices qu'au concours, et que, si son candidat l'emportait, il serait heureux de l'y nommer. Irrité de rette réponse, ce seigneuft d'un caractère brusque, laisse éclater toute sa colère contre le saint évêque, l'accuse de duplicité et d'hypocrisie, et le menace de faire porter à ses proches ou à lui-même le poids de sa vengeance. A ces paroles outrageantes, l'homme de Dieu se contente d'opposer de loin en loin quelques paroles gracieuses pour essayer d'adoucirtantdefureur.Le gentilhomme,
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