‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 74 sur 292 · LIV. VI. — TRAITS D'HUMILITÉ ET DE CHARITÉ. i · texte numérisé non relu

LIV. VI. — TRAITS D'HUMILITÉ ET DE CHARITÉ. i

(( homo non audiens et non habens in ore suo redargu- « tiones. Je me suis considéré comme un homme qui n'a ni « oreilles pour entendre ni langue pour répondre*. » Cependant, la nuit ayant porté conseil dans l'âme du commandeur, il réfléchit sur sa conduite et sur celle du saint, comprit son tort, \intlui demander pardon ; et, depuis ce temps-là, il eut l'homme de Dieu en vénération singulière*.

Toutes les vertus dont François donnait chaque jour tant de heaux exemples inspirèrent au prédicateur delà station du carême, à Annecy, un éloge enthousiaste du saint prélat dans son discours de clôture : «Que vous êtes heureux, s'écria-t-il, « habitants d*Annecy, qui jouissez de la présence d'un si saint <« évêque! Soyez les imitateurs de ses vertus, car c'est un « saint; oui, je le répète, votre évêque est un saint, et on peut « lui appliquer ce que la reine de Saba disait à Salomon : « Bienheureux ceux qui sont toujours auprès de vous et ente tendent votre sagesse ! » A ces mots, François baissant les yeux, rougit de confusion, et tout le reste du jour il parut triste. Le prédicateur lui ayant demandé, vers le soir, laraison de sa tristesse, qu'il ne comprenait pas : « Je m'afflige, « mon père, répondit-il, de ce qu'ayant si bien prêché pen- « danttout lecarême vous avez tout gâléaujourd'hui par vos « louanges et vos adulations. Hélas ! si vous connaissiez ma « misère, vous auriez tenu un tout autre langage^! » Précisément à cette époque, les louanges que le saintévêque ne voulait pas entendre étaient redites par toutes les bouches plus hautement que jamais. La disette de grains étant devenue extrême en l'année 1615, il acheta pour les pauvres honteux une quantité considérable de froment, fit distribuer deux jours par semaine d'abondantes aumônesàtousles indigents qui se présentèrent à sa porte, sans préjudice de ce qu'il donnait tous

• Ps. XXXVII, 15.

* Charl.-Aug., p. 455. — Philibert de Bonneville. ' Année de la Visitation, 21 avril.

les autres jours, dont presque chacun était marqué par quelque acte de charité héroïque.

Aussi ceux-là surtout qui l'approchaient de plus près ne mettaient pas en doute sa canonisation future. Son valet de chamhre, François Favre, conservait avec respect tout ce qui lui avait servi, « car je prévois, disait-il, qu'un jour tout ceci c< deviendra des reliques. » Quand on lui coupaitles cheveux, il les ramassait soigneusement, et il s'en fît une boîte pleine. Quand on le saignait, il renfermait le sang dans une boite qu'il tenait exactement fermée ^

î Archives de la Visitation de Nevers.

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