‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 85 sur 292 · UV. VL — TRAITÉ DE L*AMOUR DE DIEU · texte numérisé non relu

UV. VL — TRAITÉ DE L*AMOUR DE DIEU

Cependant il tardait à François d'avoir fini son travail : « Je fais ce que je puis pour le livre S écrivait-il à madame « de Chantai; ce m*est un martyre bien grand de ne pouvoir <c gagner le temps requis. » A mesure qu'il composait, il communiquait son manuscrit à, M. de Sainte-Catherine, chanoine de la cathédrale, à quelques autres ecclésiastiques distingués par leur mérite et à son frère Louis, les conjurant de lui faire leurs observations, de changer^ d'effacer ou d'ajouter, comme ils l'entendraient. Quelquefois aussi il en lisait des chapitres à ceux qui venaient le voir, pour les édifier; et M. Fabre de la Valbonne a raconté qu'ayant été atteint d'une mélancolie profonde, il en avait été complètement guéri par deux ou trois chapitres dont le saint évéque lui avait fait lecture; mais il voulait surtout le faire examiner et corriger par les maîtres de la science. « Vous remettrez, écrivit-il à Michel Favre, son V aumùnier, qui se trouvait alors à, Lyon ^, mes pauvres cahiers « aux pieds de monseigneur de Marquemont, s'il est en lieu « et loisir de s'appliquer à cette lecture; sinon vous les remetff Irez entre les mains de M. Déville, docteur en théologie, « député pour l'approbation des livres ; et, par son avis, vous « les présenterez à M. Lafarge, vicaire général, et à d'autres « docteurs, car je me reconnais très fautif; de plus, j'ai peu « de loisir pour revoir mes petits ouvrages. Je supplie et déa sire qu'ils soient vus à loisir^ et charitablement examinés « par les doctes. »

Après toutes ces précautions, inspirées par l'humilité et le zèle de l'exactitude doctrinale, il livra, dans les premiers mois de 1616, son manuscrit à la presse; et, le dernier jour de juillet, l'impression en fut achevée, quoique assez peu heureusement; « car, dit l'auteur avec son humble naïveté, le a libraire a laissé couler plusieurs fautes en cette œuvre, et « moi plusieurs imperfections : s'il se trouve des besognes

* Lettre cccxxiv®.

- Année de la Visitation, 20 mai.

« parfaites dans ce monde, elles ne doivent pas être cher- « chées en ma boutique. » Ce livre fit partout une sensation profonde : le général des Chartreux, qui, après avoir lu V Introduction à la vie déoote, avait conseillé à l'aoteur de ne plus écrire, pour ne pas déchoir du haut point où il s'était élevé, lui écrivit , après avoir lu ce traité, de ne plus cesser d'écrire; les Jésuites et la Sorbonne proclamèrent que, par cet ouvrage, Fauteur s'était placé au rang des Augustin et des Jérôme, des Ambroise et des Grégoire. Jacques^ roi d'Angleterre, qui avait tant loué, tout hérétique qu'il était, Y Introduction à la vie dévote, célébra en termes bien plus magnifiques encore le mérite de ce nouveau livre. Dans son admiration, il défia les évêques anglicans de rien écrire de semblable, et de savoir parler, comme Tévèque de Genève, le langage du ciel sur la terre : « Oh! que je voudrais, s'écria-t-il, voir l'auteur de cet « écrit évangélique I Ce doit être un grand personnage. » On rapporta au saint évêque cette parole ; et, loin d'y chercher une satisfaction pour sa vanité, son cœur, que l'amour de Dieu absorbait tout entier, ne fit qu'exhaler ce cri de zèle apostolique : « Oh 1 qui me donnera des ailes comme à la « colombe, et je volerai vers ce roi dans cette belle île, autrece fois la terre des saints, aujourd'hui le domaine de l'erreur! a Ah I vive Dieu ! si mon prince me le permet, je m'en irai h « cette nouvelle Ninive, je parlerai à ce roi et lui prêcherai « la vérité au péril de ma vie^; » sentiments qui, du reste, n'étaient point passagers en lui; car jamais les noms des Anselme, des Thomas^ des Edouard et de tant d'autres saints personnages que l'Angleterre a produits ne lui venaient dans la pensée, qu'il ne poussât des soupirs pour sa conversion.

Quoique le roi d'Angleterre appréciât si fort le Traité de Vamour de Dieu, tous ne l'apprécièrent pas de même; et deux critiques furent dirigées contre cet ouvrage. La première

» M. de Maupas, p. 332.

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