‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 86 sur 292 · LIV. VI. — TRAITÉ DE L AMOUR DE DIEU · texte numérisé non relu

LIV. VI. — TRAITÉ DE L AMOUR DE DIEU

le déclarait trop théologique et trop métaphysique pour être à la portée du commun des lecteurs, Fauteur, du reste, en convenait lui-même dans sa préface : « Si je n'avais écrit, a dit-il, que pour les personnes qui ne goûtent que la pra- « tique du saint amour, j'aurais pu retrancher les quatre « premiers livres et quelques chapitres des livres suivants. » La seconde critique portait sur certaines comparaisons et expressions un peu libres employées par Fauteur, surtout aux chapitres ix et x du premier livret Son âme angélique voyait de trop haut Tamour profane pour soupçonner seulement les fâcheuses impressions que pourraient produire sur des âmes terrestres les comparaisons qu'il en tire , en vue de faire comprendre Tamour surnaturel de Dieu.

Mais, à ces deux critiques prés, que nous croyons plus largement applicables encore aujourd'imi qu'alors, parce qu'à un siècle moins instruit dans les choses divines il faut un discours moins élevé; à une époque plus corrompue, disposée à penser le mal plus facilement, il faut un langage plus chaste, on peut dire que le Traité de V amour de Dieu est un vrai chef-d'œuvre. L'auteur commence par des réflexions préliminaires dans lesquelles il démontre que la volonté gouverne toutes nos puissances et toutes nos passions, que l'amour de Dieu ne peut exister dans une âme qu'à la condition d'y dominer tout autre amour, voulant être roi ou rien, ne pouvant viwres'il ne règne, ni régner si ce n'est souverainement, et que, Dieu étant l'infinie bonté , le cœur humain a une inclination naturelle à l'aimer par-dessus tout, sans cependant pouvoir le faire qu'à l'aide de la grâce.

Après ces notions, qui occupent tout le premier livre, l'auteur entre dans son sujet; et, se faisant l'historien de l'amour divin , il en raconte la naissance, les progrès et la décadence. Les principes générateurs de cet amour sont les perfections infinies de Dieu considérées en elles-mêmes, les bienfaits de

1 Esprit de saint François de Sales, I1I« p., scct. xiv.

sa main libérale, dont les principaux sont la création, la conservation et la rédemption ; les inspirations de la grâce qui nous pressent d*aimer, tout en nous laissant la liberté de n'aimer pas; la foi, Tespérance, le souvenir de nos fautes et les doux attraits de Jésus-Christ. L'amour formé dans le cœur par ces principes est, jusqu'au dernier soupir, susceptible de s'accroître par toutes les bonnes œuvres, même les moindres, par Faction de Dieu toujours présent au fond de Tâme qui aime; et là, le docte historien de Famour divin révèle Texcellence du don de persévérance , le bonheur de mourir dans la charité; après quoi, suivant l'amour jusque dans le ciel, il le montre béatifiant tous les saints par la claire vue de Dieu le Père, du Verbe engendré et de l'Esprit-Saint, amour substantiel qui unit le Père et le Fils. Mais malheureusement, dans cette vie , Famour ne suit pas toujours cette voie de progrès : quelquefois Fhomme quitte Dieu pour s'attacher aux créatures; les objets sensibles le séduisent et Fentraînent; et lorsque tout devrait le porter à Dieu, tout sert quelquefois à Fen détourner. C'est pourquoi l'historien de Famour divin en raconte la décadence et le refroidissement ; triste fruit de Finconstance de notre volonté, de notre faiblesse dans les tentations , de notre misère profonde qui ne peut aimer qu'autant que Dieu nous fait aimer.

Ici finit Fhistoire de Famour divin avec le quatrième livre.

Les cinq livres suivants sont consacrés à décrire les exercices ou la pratique de cet amour. Le premier exercice, c'est la complaisance ou la condoléance , la complaisance pariaquelle Fàme se réjouit de voir le Dieu qu'elle aime, si beau, si parfait, si aimable; la condoléance, par laquelle elle compatit aux souffrances de Jésus-Christ dans sa Passion et s'afflige de l'outrage que le péché fait à Dieu. Le second exercice, c'est la bienveillance qui désire que Dieu soit connu, aimé et servi par toute créature, qui soupire après le ciel pour Faimer sans interruption et le voir aimé par tous les cœurs, qui s'unit avec transport aux louanges que Dieu se donne à lui-même.

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