LIV. VI. — AVENT DE GRENOBLE
munautés religieuses. Gomme le temps de TAverit est destiné à honorer le mystère du Verbe incarné dans le sein de Marie, il prit pour matière de ses prédications les paroles de Tange qui était venu annoncer à Marie ce grand mystère, et ïAve Maria suffit à toute la station. Chaque jour il en commentait quelques paroles avec un cœur embrasé du désir de faire connaître et aimer Jésus et Marie, et Ton ne peut dire les succès heureux qu'obtinrent ces instructions * .
Le maréchal de Lesdiguières, qui commandait alors en chef dans le Dauphiné, ne put résisier, quoique calviniste, à la curiosité d'aller entendre un prédicateur dont tout le monde parlait avec tant d'enthousiasme. Après l'avoir entendu, il voulut l'entendre encore, et fut des plus assidus à ses sermons. Ébranlé par la grâce il désira avoir avec le saint apôtre une conférence particulière. La mission de François, en cette circonstance, était délicate : car II s'agissait bien plus d'amener le maréchal à la vertu par la rupture d'une liaison coupable avec une femme enlevée à son mari, que de le gagnera la vérité parla force du raisonnement; mais le saint apôtre y mit tant de tact et de prudence, de ménagements et de hardiesse, qu'il dit, sans blesser, tout ce qu*ii fallait dire; et, lorsqu'on se retirant, après quatre heures de conférence, il demanda pardon des paroles capables de déplaire qui auraient pu lui échapper contre son intention : « Non, monseigneur, répon- « dit le maréchal, vous n'avez rien dit qui ne soit bien; j'y « réOéchirai et pèserai le tout avec la maturité que demande « une affaire si grave. » Le marécbal, depuis ce temps-là, demeura lié avec François, l'invila souvent à sa table, alla souvent le visiler, et n'en parla, en toute circonstance, qu'avec les plus grands éloges, proclamant qu'il méritait d'être aimé, estimé et admiré de tout le monde ^.
Celte conduite du maréchal alarma les ministres, d'autant
* Dép. deBaytay,
' Charl.-Aug., p. 476.— Esprit de saint François de SaleSf III* part., sect. XLV.
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plus que beaucoup de gens de leur parti allaient entendre les sermons du saint évêque et en sortaient pleins de vénération pour le prédicateur et sa doctrine. Ils résolurent donc d'aller lui faire des remontrances sur une manière d'agir si nuisible à leur parti. Le maréchal, informé de ce dessein, leur fît dire que^ s'ils venaient le visiter comme amis ou pour l'entretenir de quelque affaire, il les recevrait volontiers; mais que, s'ils se permettaient de lui faire des remontrances, ils pouvaient se tenir assurés qu'étant entrés par la porte ils sortiraient par la fenêtre. Ne pouvant donc parler eux-mêmes, ils firent par* 1er en leur place un des principaux seigneurs de la province : « Dites à ces messieurs, répondit le maréchal, que j'ai assez (( d'âge pour savoir ce que j'ai à faire. Ils sont trop petits « compagnons et trop jeunes pour apprendre à un homme a de mon âge et de ma qualité comment il faut vivre. Je sais « comment on doit traiter les évêques : c'est bien autre chose « que nos ministres, qui ont tout au plus le rang de curés, « puisqu'ils ont rejeté la dignité épiscopale, quoique si bien « fondée dans l'Écriture; et je crois qu'ils ne sont pas à s'en if repentir. Quand je verrai les princes souverains, les fils et « frères de rois se faire ministres, comme j'en vois qui se <c tiennent honorés d'être évêques, archevêques et cardinaux, a je verrai quel honneur je dois rendre aux ministres ^ » Malheureusement le maréchal partit le 19 décembre pour aller au secours du duc de Savoie attaqué par les Espagnols, ne revint qu'à la fin d'avril, et encore ce ne fut que pour se remettre en campagne peu après et n'en revenir qu*au mois de septembre 1617, de sorte qu'il interrompit ses rapports avec le saint évêque, qui l'eût fait rentrer prochainement au be^ cail de la vraie Église.
La station de TA vent finie, François revint aussitôt à Annecy ; et, entre les œuvres remarquables qu'il fit alors, l'histoire en signale trois principales : la première fut la guérison
1 Année de la Visitation, 4 décembre.