‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 89 sur 292 · LIV. VI. — CARÊME DE GRENOBLE · texte numérisé non relu

LIV. VI. — CARÊME DE GRENOBLE

subite du prieur de Talloires, le père Claude de Coëx. Ce bon Religieux, atteint d'une fièvre maligne et pestilentielle, était en danger de mort : François le visite, fait une prière sur lui, et le moribond est aussitôt rendu à la santé. Un autre malade, dont Thistoire n*a pas conservé le nom, était sans connaissance et déjà à Tagonie : on en informe le saint évèque ; il vient le voir et trouve toute la famille en pleurs : touché de cette désolation profonde, il fait sur le malade un signe de croix, le bénit^ annonce son rétablissement prochain, et s*en va aux vêpres de la cathédrale. A peine les vêpres étaient-elles finies, que le malade, en effet, éprouva un mieux notable, qui fut bientôt suivi d'une santé parfaite*. Quelques jours après, le saint prélat^ prêchant dans l'église Saint-Dominique, aperçoit parmi ses auditeurs un gentilhomme calviniste des plus obstinés; il quitte aussitôt le sujet qu'il avait commencé, et passe à une démonstration de la vérité de la religion catholique. Le gentilhomme écoute avec avidité, se sent convaincu, persuadé; et renonçant k ses erreurs, il prend la résolution de rentrer dans le sein de l'Église ; ce qu'il fit en effet peu après *.

De cette victoire de la foi, le saint prédicateur s'en alla à d'autres conquêtes, et retourna à Grenoble pour la station du Carême qu'il avait promise. La connaissance plus parfaite qu'il avait acquise de son auditoire dans PAvent précédent lui flt penser qu'il serait utile de traiter la controverse, et, dès le mercredi des Cendres, il manifesta son dessein à ses auditeurs : a Me voilà, leur dit-il, dans la chaire de la vérité, je « n'y suis que pour la dire entièrement, et je la dirai sans « crainte; rien au monde ne m'en empêchera : que plutôt ma « langue s'attache à mon palais, qu'elle se sèche et demeure « immobile dans ma bouche 1 » Ces paroles, animées du feu de l'Ësprit-Saint, qui était en lui, disposèrent les calvinistes comme les catholiques à assister exactement à ses sermons;

» De Canibis, t. II, p. K8.

^ Ihid,, t. II, p. fô9.

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et il en résulta plusieurs conversions remarquables ^ Uaedes premières fut celle d*un apostat, nommé Claude Boucard. Ce malheureux, autrefois professeur de philosophie et de théologie, Religieux et prêtre, était passé au calvinisme contre sa conscience, sans autre motif que celui de satisfaire ses passions par le mariage. Touché ensuite par la grâce, et repentant de sa faute, il avait, comme nous l'avons dit plus haut, abjuré Terreur, neuf ans auparavant, entre les mains du saint prélat; puis, cédant au sentiment charnel qui le rappelait vers la femme avec qui il avait vécu, il était retourné à ses anciens égarements. Enfin, ne pouvant plus tenir aux remords qui lé bourrelaient, il vint à Grenoble, où il savait que prêchait révoque de Genève; et, après l'avoir entendu en versant beaucoup de larmes, il alla se jeter une seconde fois à ses pieds et solliciter sa rentrée au bercail. François se laissa toucher, reçut sa seconde abjuration, lui assura une pension annuelle de trois cent cinquante florins^, et eut du moins cette fois la consolation de le voir persévérer dans le bon chemin, jusque-là que, trois ans après, le nouveau converti dédia à son bienfaiteur un excellent ouvrage qu'il fit paraître, et où il déclare que sa félicité en terre serait de jouir toujours delà présence d'un si saint prélat pour se former sur l'exemple de ses vertus'.

La conversion du ministre Barbier, un des plus savants de la secte, n'eut pas moins de retentissement que celle de Claude Boucard *. Frappé de la solidité des raisonnements de l'évèque de Genève, et ne trouvant point dans le calvinisme la satisfaction de son esprit ni ces convictions profondes qui reposent l'âme dans l'espoir d'un bonheur éternel, il abjura publiquement l'hérésie et en reçut l'absolution de la main du saint

1 Charl.-Aug., p. 488.

2 C'est-à-dire cent quarante et un francs de notre monnaie^ le florin valant quarante-six centimes.

' Dép, du chan, Gard. — Charl.-Aug., p. 489. * Charl.-Aug., p. 4&4.

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