‹ Vie de Saint François de SalesChapitre 90 sur 292 · LIV. M. - CARÊME DE GRENOBLE · texte numérisé non relu

LIV. M. - CARÊME DE GRENOBLE

prélat; après quoi, voulant rendre compte de sa conduite au public, il écrivit plusieurs ouvrages remarquables contre la doctrine de Calvin. D^autres hérétiques imitèrent l'exemple du ministre; on courait en foule aux sermons de l'apôtre, attiré moins encore par la réputation de son éloquence que par sa sainteté éclatante, qui frappait tous les yeux, quelque soin qu'il prit de la cacher; et on n*en sortait jamais sans sentir les impressions de la grâce que Dieu avait comme attachée à ses discours. Deux gentilshommes de la première noblesse, rayant un jour entendu prêcher sur ces paroles de l'Ecclésiaste : Vanité des vanités, et tout est vanité^ furent si touchés de l'onction pleine de force avec laquelle il fit ressortir la prééminence des richesses spirituelles sur tous les biens du monde, qu'ils se convertirent entièrement et menèrent jusqu'à la mort une vie très édifiante.

Tel était l'intérêt qu'inspiraient les prédications de François, que, pour n'en rien perdre^ plusieurs les transcrivaient pendant qu'il parlait, et les plus savants mêmes ne pouvaient contenir leur admiration. « Quel homme est celui-là, s'écriait « l'un d'eux devant tout le monde, qui expose avec tant de « clarté les points les plus difficiles de la théologie, et fait « comprendre aux plus humbles esprits les choses les plus « abstraites! — Cen'estpasmerveille, disait unautre, s'ilfait « tant de fruit :car il joint la sainteté à la doctrine, entendant « fort bien tout ce qu'il dit et le pratiquant mieux encore ^ »

Le saint évêque prêchait ainsi tous les jours, et à peine trouvait-il le temps de préparer ses discours : car on venait de toutes parts le consulter comme l'oracle du Saint-Esprit; et àquelque heure qu'on l'abordât, quelque occupé qu'il fût, il recevait tout le monde avec une grâce parfaite, semblant toujours n'avoir autre chose à faire qu'à écouter ceux qui voulaient lui parler, et ne laissant jamais entrevoir qu'ils lui fussent importuns. Il confessait tous ceux qui se présentaient,

> Charl.-Aug., p. 493.

rendait les visites qu'il croyait utiles, et allait dans les monastères prêcher la perfection religieuse.

Un ministère si actif et si fécond jeta la désolation parmi les ministres de Terreur; et Tun deux imagina, pour empêcher les siens d'aller entendre le sermon, de faire sa prédication à la même heure : le seul résultat qu'il obtint de cette mesure fut la désertion de son auditoire. Alors, ne se possédant plus de fureur, il fitcourir par toute la ville le bruit qu'il voulait avoir une conférence publique avec Tévêque. Celui-ci en fut ravi; et, un de ses amis étant venu lui dire que ce ministre était d'une insolence incroyable et qu'il y avait péril pour la dignité épiscopale à s'exposer à ses avanies : « Tant <( mieux, reprit François; voilà justement ce qu'il nousfaul. <( — Mais il vous traitera indignement! — Tant mieux enci core, c'est ce que je demande. Oh I que de gloire Dieu tirera (( de maconfusion! — Mais il ne convient pas d'exposer votre « caractère à l'opprobre! — Jésus-Christ en a souffert bien « d'autres! J'espère que Dieu me fera la grâce d'endurer plus « d'injures qu'il ne m'en saurait dire, et, si nous sommes « bravement humiliés, Dieu sera magniOquement exalté*. « Vous verrez des conversions à tas; c'est la pratique de « Dieu de tirer son honneur de notre ignominie. » Malheureusement cette conférence n'eut point lieu ; elle fut empêchée par les calvinistes, qu'effrayait la supériorité de l'athlète catholique; et toutes les bravades du ministre s'en allèrent eo fumée ^.

Après avoir ainsi travaillé à la sanctification des autres, François, pour satisfaire sa dévotion particulière, alla chez les Pères Minimes, le second jour d'avril, vénérer le manteau de saint François de Paule, qui se conservait dans ce monastère. Pendant qu'il était en prière devant la sainle relique, le peuple, avide de la voir de plus près possible, s^approcha

1 Année de la Visitation, 17 février.

2 Esptul de saint François de SaU's, I"» p., scct. xxvii.

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