LIV. VI. — MORT DE LA BARONiNE DE THORENS
derniers sacrements; elle les reçoit avec une ferveur d*ange; puis, dans toute la plénitude de sa raison » elle fait son testament, institue Tévêque de Genève héritier universel des biens provenant du baron de Thorens, et partage sa dot entre la Visitation d*une part, et son frère et sa sœur de l'autre, Ses affaires temporelles ainsi réglées : « Mon père, dit-elle, « il ne me reste plus maintenant qu'un désir, celui de mourir « ReKgieuse de la Visitation. » Le saint évéque acquiesce à ses vœux, la reçoit d*abord novice, puis professe, en présence de toute la communauté. Contente alors et sans autre désir que celui du ciel , elle ne vécut plus pour la terre. Depuis ce moment jusqu'à son dernier soupir, ce ne furent que saints discours, que paroles embrasées d*amour divin, qu^aspiralions ferventes, soit de la part du saint évéque qui Texhortait , soit de la part de la mourante, qui attendait avec joie sa sortie de ce monde. Enfin elle mourut de la mort des saints , en prononçant avec des élancements d'amour les noms de Jésus et de Marie*.
François fit effort sur lui-même pour rendre les derniers devoirs à la chère défunte; et, ce ministère rempli, il commanda qu'on lui tînt des chevaux prêts pour se mettre en roule. Ses gens crurent d'abord qu'il voulait aller se reposer au château de Sales, qui n'était distant que de trois lieues; et, quand ils apprirent qu'il partait pour Belley, ils ne parent s'empêcher de lui témoigner leur étonnement de ce qu'il délaissait seule dans une affliction si extrême madame de Chantai. « Ah! leur dit-il, vous faites tort à mon cœur de « l'estimer plus affligée que moi : je connais la force de son « âme et la faiblesse de la mienne : comment lui apporterais-je « de la consolation, moi qui en ai plus besoin qu'elle ? Ne trou- « vez pas mauvais que j'aille la chercher là où je pense la « rencontrer. » Il alla donc à Belley épancher son âme attristée dans le cœur de son ami, et il se consola en lui racontant la
' Mémoires de Darie, par M. Camus.
sainte vie et la mort plus sainte encore de la baronne, qu'il lui dépeignit comme un ange plutôt que comme une créature mortelle ^ .
Après avoir reposé quelques jours sa douleur dans le sein de Tamitié, François revint à Annecy et adressa deux lettres au Souverain Pontife. La première était pour les Religieuses de Sainte-Glaire. Ces pieuses filles, conformément à leurs règles, ne possédaient rien et ne pouvaient vivre que d^aumôoes. Mais le pays, épuisé par une guerre de trente ans et par les ravages des hérétiques, ne pouvait plus suffire à les nourrir, de sorte qu'elles languissaient dans une pauvreté extrême, qui jointe à leurs austérités et à leurs veilles, engendrait des maladies et menaçait leur existence. Dirigées par les Frères Mineurs, elles n'étaient point sous la juridiction du saint évé« que; mais il suffisait qu'elles fussent dans le malheur pour exciter tout son intérêt : « Je ne me soucie pas de l'autorité, « disait-il, je ne veux que la direction et la charité des âmes : (( Dieu me fait la grâce de me plaire avec tous ceux qui l'ai- « ment. » Touché de leur détresse, il les visitait souvent, leur faisait beaucoup d'aumônes, choisissait même leur église pour conférer les saints ordres, afin de leur ménager le léger bénéfice du cierge que doit fournir chaque ordinand pour la cérémonie. Toutefois, comprenant combien tout ce qu'il pouvait leur faire était encore au-dessous de leurs besoins, il écrivit au pape Paul V^ pour le supplier de les autoriser à posséder des biens en commun, aûn que, affranchies des soucis de l'extrême indigence, elles pussent servir Dieu avec un cœur libre et une sainte allégresse. Il écrivit en même temps an cardinal Bellarmin^ pour le prier d'appuyer sa demande. Mais ces charitables tentatives demeurèrent sans succès, et les Religieuses continuèrent à n'avoir d'autre ressource que les aumônes peu abondantes des fidèles d'Annecy et des environs.
ï Lettre cccxcii*.
3 Esprit de saint François de Sales. !!• part., soct. xxxii.
' Lettre cccxciv*.