LIV. VI. — IL PERD DEUX DE SES MEILLEURS AMIS. 20i
sait, cherchèrent à le prendre en défaut, soit dans sadoctrine, soit dans sa conduite; ils ne purent rien trouver de censurable. Alors ils eurent recours aux injures et au mépris. Le saint évéque y répondit, selon les conseils évangéliques, en rendant le bien pour le mal, les bénédictions pour les malé* dictions; et il termina ainsi heureusement sa station, après quoi il repartit promptement pour Annecy.
Arrivé dans sa ville, il écrivit deuxlettresau roi de France : la première, pour le prier de remplacer par des officiers catholiques les officiers hérétiques qui commandaient au pays de Gex; et, comme les bons exemples sont plus propres que les bons discours h ramener les hérétiques, il ajouta la demande d'être autorisé à y rétablir des Religieux réformés, surtout des pères de l'Oratoire, « qui sont, dit-il, bons à toutes « sortes de services spirituels et peuvent plus aisément lier des « rapports avec les hérétiques. » Sa seconde lettre fut relative aax Carmes. Ces Religieux avaient demandé à Louis XIII à revenir prendre possession de leur ancien couvent» situé à Gex, dont il restait encore quelques débris et quelques biens. Le roi, avant de répondre, consulta Tévéque de Genève, qui approuva ce rétablissement, mais à certaines conditions *.
Au milieu de ces sollicitudes, son &me, qu'avaient déjà éprouvée si cruellement, peu auparavant, la mort du baron et celle de la baronne de Thorens, reçut à la fois deux de ces coups les plus terribles qui puissent atteindre un cœur sensible. Il perdit deux de ses intimes amis : le premier était domSimplicien, directeur du collège d'Annecy, qui réunissait à one piété éminente une science profonde : respecté et aimé des écoliers, vénéré de toute la ville comme un saint, remarquable dans la chaire par sa manière d'instruire, assidu au confessionnal, où il jouissait de la confiance générale, il paraissait encore un ange à l'autel et vivait d'une vie de dévouement qui le fit succomber avant l'âge. Le second fut M. de
* Lettre cdv'. •
Coëx, surnommé M. de Sainte-Catheriae, pour le distinguer de son frère, le prieur de Talloires : chanoine de la cathédrale, grand pénitencier, ecclésiastique accompli, d*une piété sincère et bien entendue, il était en particulier pour François plus qu*ui> ami : c'était son confesseur, son œil et son bras droit par ia science et le zèle , et le pieux évéque lui portait toat rintérét que la charité et la reconnaissance mettent dans le cœur des saints. Dès qu'il le vit malade, il pria de toute son âme pour la conservation d'une vie à laquelle se rattachaient de si grands intérêts. Mais Dieu, au lieu d'exaucer sa prière, lui révéla que l'arrêt de mort était porté sans appel et allait s'exécuter * . Alors, s'armant de toute sa résignation pour acquiescer à la volonté divine, il ne songea plus qu'à encourager et préparer ce digne ami au sacrifice de sa vie; étant venu le visiter, il rencontra, à son entrée dans la maison, le frère du malade, M. deCoêx, prieur de Talloires, qui fondait enpleurs : « J*ai beaucoup prié, lui dit-il^ pour la santé de notre cher « frère, et Dieu m'arévélé qu'il le voulait retirer de ce monde. « Il est le seigneur et le maître, il faut se soumettre; les souf- « frances qu'il endure lui tiendront lieu de purgatoire. » Il suggéra ensuite au malade les sentiments pieux qui convenaient à sa position ; après quoi il se retira, enrecommandanl delappeler quand la mort serait proche. Arrivé chez lui, il demanda à Louis de Sales, son frère, ce que pensaient les médecins, et, sur sa réponse qu'ils conservaient encore quelque espoir de le sauver : « Non, dit-il, il mourra, j'en sais quelque chose. » Pendant ce temps-là^ le prieur de Talloires, toujours en larmes au chevet de son frère bien-aimé, eut la consolation de rece* voir de sa bouche ces belles paroles, d'autant plus remarquables, qu'elles exprimaient le sentiment d'un saint, et d'un saint mourant s « Mon frère, lui dit-il, essuyez vos larme et ne vous « affligez point tant de ma mort ; je vous ai recommandé à « Monseigneur, il m'a promis devons tenir lieu de frère: gar-
ïCharl.-Aug., p. 509. •