‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 10 sur 108 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

veilles , de jeûnes , de prières , de gémissements et de larmes pour attirer sur ses ouailles la miséricordieuse propitiation du Seigneur ! Une si admirable conduite porta d'abord quelques fruits , quoique incomplets et peu abondants (1080).

Nous avons dit qu'à l'exemple de beaucoup d'autres seigneurs , les barons de Sassenage s'étaient emparés des revenus des églises situées dans leurs seigneuries. Le concile de Latran avait prononcé anatbème contre les injustes détenteurs des biens ecclésiastiques. Hugues n'avait pas craint de faire retentir les foudres de l'église lancés contre les puissants seigneurs de son diocèse ; mais tempérant la sévérité des censures ecclésiastiques par la douceur d'un langage insinuant et persuasif, il sut attirer à Dieu et exciter au repentir quelquesuns de ceux qui se trouvaient atteints par les excommunications de l'église. De ce nombre furent Hector de Sassenage et Cana, son épouse. La conversion de ces deux grands personnages fut accompagnée d'une éclatante solennité, que saint Hugues crut devoir leur imposer comme l'expiation nécessaire d'un long scandale. Le sire de Sassenage dut se rendre avec sa femme et ses enfants dans la chapelle de Saint-Vincent, attenante à la cathédrale. Là, il lui fut imposé une formule de pénitence publique , dans

laquelle il déclarait que, voulant employer un remède salutaire pour guérir les plaies de son ame , il avait songé à suivre le précepte de l'Evangile , qui ordonne de se faire , au moyen des richesses injustement acquises , des amis et des protecteurs auprès de Dieu (1). Par cette tournure adroite , Hugues avait évité à son illustre pénitent la douloureuse nécessité d'accuser ses pères d'usurpations et de violences ; il lui avait sauvé le mot humiliant de restitution. Ensuite, en présence de l'Evangile, placé sur l'autel , devant une foule immense et entouré du clergé de la cathédrale , Hector de Sassenage jura de remettre à l'évêque de Grenoble et à ses successeurs diverses églises dépendant de la baronnie de Sassenage , avec le tiers des dîmes qui y étaient attachées.

Ce beau succès du jeune Hugues , dont son biographe contemporain ne parle pas et dont nous avons retrouvé les traces authentiques dans un acte du temps , ce noble triomphe de l'intelligence sur la force brutale ne suflit pas pour consoler le saint prélat d'une foule d'autres tentatives infructueuses , ni pour compenser dans son cœur les dégoûts nombreux

(1) Cartulaire de saint Hugues, art. 83, intitulé : Char la de Lancio; voir aux pièces justificatives. Le Goutteux le rapporte dans ses Annales de l'ordre des Chartreux.

Page 1