CHAPITRE I
semés sur son entrée dans la carrière épiscopale. Hugues avait toujours eu une sorte de prudence timide , qui , des son jeune âge , l'empêchait de révéler ses désirs ou même ses besoins à ses camarades et à ses compagnons d'études (1). Plutôt que de surmonter un pareil sentiment il aimait mieux éprouver des privations personnelles, dans lesquelles il allait même jusqu'à se complaire, en cherchant des mérites devant Dieu dans ses pieux sacrifices. Mais quand, du sein de son existence paisible de mortifications chrétiennes et d'études littéraires , il se vit jeté dans tous les orages de la vie publique , il lui fallut surmonter ce penchant à une circonspection craintive. Le sentiment éclairé de ses devoirs nouveaux lui fit faire de prodigieux efforts pour acquérir et déployer une énergie qui n'était ni dans ses habitudes , ni dans le fond même de son caractère. Mais bientôt, enrayé des obstacles qui se multipliaient sous ses pas , découragé pas une violente opposition et par des murmures continuels partis du sein même de son clergé , le jeune évêque sentit défaillir son ame candide et pure ; il soupira après la paix du cloître , et, fatigué des cruelles responsabilités du commandement , il songea à chercher dans l'obéissance
(1) Guigo carthusiensis.
monastique du repos pour les soucis qui le dévoraient sans relâche. Ainsi , après deux années d'épiscopat , égaré par son humilité et ses vertus, Hugues se crut impuissant à opérer le bien qu'il devait faire et à remplir convenablement la haute tâche qui lui était confiée ; il quitta donc Grenoble , et il se retira dans le monastère de la Chaise-Dieu de Tordre de Cluny , pour y prendre l'habit de saint Benoît. Le célèbre Séguin était depuis quelques années abbé de ce monastère ; il y avait rétabli la stricte observance de la règle primitive.
Grégoire VII ne tarda pas à être instruit de cette résolution de l'évêque de Grenoble , dont il avait eu à calmer les découragements et les scrupules au moment de sa consécration. Il comprit sur le champ les motifs de cette retraite prématurée , et il écrivit à Hugues une lettre éloquente , où il le pressait vivement de se replacer à la tête de son diocèse. De pareils avertissements de la part du souverain pontife étaient des ordres vénérés, auxquels un membre de l'église ne pouvait s'empêcher de déférer. Hugues fit le sacrifice de sa volonté à ce qu'il crut être la voix de Dieu ; il reprit ses fonctions et surmonta courageusement tous les dégoûts qui y étaient attachés. De son contact avec les saints religieux auxquels il s'était associé pendant une année , il rapportait tant de science