‹ Vie de Saint Hughes, évêque de GrenobleChapitre 9 sur 108 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

grands serviteurs de Dieu qui avaient passé aussi par les épreuves des tentations terrestres ; il lui fit entrevoir le vaste plan de régénération auquel il s'associait; enfin il lui fit reconnaître qu'il y avait quelque chose de presque miraculeux dans la nomination d'un évêque ferme , pieux et chaste , faite par un clergé corrompu, qui aurait dû craindre de trouver en lui un réformateur (1 ).

Saint Hugues sentit alors le baume fortifiant des consolations célestes descendre dans son cœur ; il résolut de ne plus résister à ce qui paraissait être une invitation divine ; mais comme il avait peu de ressources pécuniaires , la comtesse Malhilde , qui fut , comme on sait , la courageuse auxiliaire de Grégoire VII dans toutes les attaques et toutes les traverses que ce pontife eut à essuyer , se chargea d'être la protectrice du jeune Hugues ; elle lui fournit le bâton pastoral et les ornements épiscopaux ; elle y ajouta le don précieux, dans ces temps barbares, d'un exemplaire des psaumes avec

(1) Voici comment M. Barthélémy , dans son histoire inédite du Dauphiné , explique cette nomination : « Par son » excommunication méritée , Ponce II avait attiré à l'église » de Grenoble l'indignation de Rome. Il était important de » s'en ménager la bienveillance. Hugues avait l'affection du » légat de Grégoire VII ; tel fut sans doute l'unique motif » qu'eurent en vue les chanoines de Grenoble, etc. »

VIE DE SAINT HUGUES

des commentaires de saint Augustin et de saint Ambroise. Quand Hugues fut ainsi pourvu de tout ce qui lui était nécessaire , il s'empressa de recevoir des mains du grand Grégoire VII la consécration épiscopale; puis il se rendit dans son diocèse. Là , il embrassa avec ardeur la vie pleine de combats et de travaux à laquelle il s'était dévoué. Des difficultés de tout genre l'attendaient au seuil même de cette existence nouvelle ; et d'abord des difficultés matérielles : tous les revenus de l'épi»* copat avaient été dissipés par ses prédécesseurs ; il ne voulait pas subvenir aux besoins qu'il éprouvait par des emprunts usuraires , ni par des exactions odieuses ; il se vit donc réduit pendant quelques années à une gêne qui ressemblait à la misère , au sein même de son palais épiscopal , et il ne put rétablir que lentement les affaires temporelles de son église. Mais ce n'est pas ce genre de difficultés qui offrit le plus d'obstacles à son zèle : il eut à lutter incessamment contre les abus , l'immoralité et les scandales dont nous avons tout à l'heure esquissé le tableau. Avec quelle ardeur et quelle vigilance il poursuivit de la verge de son éloquente parole les vices de son peuple et de son clergé ! Par combien de courses et de fatigues apostoliques ne consuma-t-il pas sa vie ! et à tous ses travaux combien il joignit de

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